Qui est le mollah Akhundzada, nouvel idéologue en chef des talibans?

AFGHANISTAN Théologien, ce proche du mollah Omar est le troisième leader des talibans afghans depuis la création du mouvement...

Olivier Philippe-Viela

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Photo non datée du nouveau leader taliban, le mollah Akhundzada
Photo non datée du nouveau leader taliban, le mollah Akhundzada — Afghan Islamic Press/AP/SIPA

L’annonce du nouveau chef des talibans afghans était attendue après la mort samedi du mollah Mansour. Réunis en choura (l’organe directeur des talibans), les insurgés ont désigné à l’unanimité Haibatullah Akhundzada, jusque-là adjoint de Mansour, comme « nouveau chef de l’Emirat islamique » en Afghanistan. C’est une petite surprise, car d’autres noms étaient pressentis et peu d’informations circulent sur ce théologien, dont le profil est loin de celui d’un chef de guerre, contrairement à ses prédécesseurs.

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Né entre 1966 et 1971 dans le sud de l’Afghanistan (il est comme les précédents leaders talibans originaire de la province de Kandahar), le mollah Akhundzada était le responsable religieux des talibans, puisqu’il décidait des lois islamiques appliquées sur leur territoire, ainsi que des fatwas émises par le groupe armé. « C’était une sorte de secrétaire d’Etat à la justice, connu dans le pays car il est l’un des fondateurs du mouvement, un taliban historique, proche du mollah Omar », décrit Karim Pakzad, chercheur à l’Iris et spécialiste de l’Afghanistan.

Il y a presque un an, Akhundzada avait déjà fait parler de lui en étant choisi comme adjoint par le mollah Mansour. Si personne ne parlait de lui pour prendre sa succession, cette nomination répond finalement à une logique de consensus qu’explique Karim Pakzad : « Les talibans ont voulu donner une image d’unité. Mais ce n’est que de façade, car Akhundzada arrange tout le monde. C’est un idéologue qui n’apparaît pas comme un homme de pouvoir. Avec lui, les différents courants au sein des talibans se disent qu’ils pourront mener leur propre politique. »

Choisi à la place d’un seigneur de guerre et du fils du mollah Omar

Ses deux nouveaux lieutenants sont paradoxalement plus célèbres que lui. Le premier, Seraj Haqqani, l’est tellement que le FBI propose 5 millions de dollars pour toute information menant à sa capture. Implanté au Pakistan, il est le chef du réseau Haqqani, organisation islamiste indépendante mais alliée aux talibans pour reprendre le contrôle de Kaboul.

Avis de recherche de Sirajuddin Haqqani
Avis de recherche de Sirajuddin Haqqani - fbi.gov

Les Etats-Unis l’accusent notamment « d’avoir coordonné et participé à plusieurs attaques contre les forces de la coalition en Afghanistan », ainsi que d’avoir planifié en 2008 une tentative d’assassinat à l’encontre du président de l’époque Hamid Karzai. « Le gouvernement afghan redoutait une nomination d’Haqqani, qui aurait signifié une montée de la violence. Akhundzada est au contraire vu comme un partisan de la paix », ajoute Karim Pakzad.

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Le second lieutenant, le mollah Yacoub, est le fils du mollah Omar, fondateur et dirigeant des talibans de 1994 à sa mort en 2013. Son nom avait plus circulé pour prendre la tête de l’organisation armée que celui d’Akhundzada, « au nom de cette obsession coranique pour la filiation », mais c’est bien le théologien qui a été nommé.

Un processus de paix ?

Akhundzada aura pour mission de décider d’engager ou non les talibans dans un processus de paix avec le pouvoir afghan, et de maintenir leur statut dans un pays où l’Etat islamique tente de s’imposer. Mais en dépit des défections dans les rangs talibans pour rejoindre l’EI (qui dispose aussi de nombreux djihadistes pakistanais en Afghanistan), « Daesh ne pourra pas y prendre pied, car les talibans sont encore très puissants », estime Karim Pakzad.