Autriche : Quel impact à l'échelle européenne en cas d'élection de Norbert Hofer?

EUROPE Grand favori du second tour des élections présidentielles en Autriche, Norbert Hofer prône une politique de fermeté qui pourrait avoir de nombreuses conséquences à l’échelle européenne…

William Pereira
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Norbert Hofer, lors d'un meeting à Vienne, le 20 mai 2016.
Norbert Hofer, lors d'un meeting à Vienne, le 20 mai 2016. — Ronald Zak/AP/SIPA

Arrivé en tête au premier tour de élections présidentielles autrichiennes, loin, très loin devant les grands partis du pays, le candidat d’extrême droite Norbert Hofer (FPÖ) est donné vainqueur par les sondages au second tour face à son rival écologiste Alexander Van der Bellen. S’il venait à être élu, il deviendrait le premier président d’extrême droite d’un Etat européen depuis 1945. Un événement non sans conséquences à l’échelle nationale mais aussi continentale. 20 Minutes fait le point sur l’impact que pourrait avoir l’arrivée au pouvoir de Norbert Hofer sur l’Union Européenne.

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Un impact limité sur la dynamique du Front National en vue de 2017

L’une des questions soulevées par l’accession au pouvoir d’un président d’extrême droite concerne son influence sur les électeurs du même bord dans les autres pays européens, y compris la France. Pour Jean-Yves Camus, politologue spécialiste de l’extrême droite, la réponse est simple. « Je doute que les électeurs du Front National soient sensibles à ce qu’il se passe dans un pays autre que le leur », et rappelle avant tout que le FN ne peut être comparé au FPÖ, « qui est un parti gouvernemental depuis les années 1980. L'implantation des deux partis dans le paysage politique de leurs pays respectifs n’est pas comparable », en déduit le chercheur au CNRS. Et de conclure : « même si Norbert Hoffer dit vouloir présidentialiser la fonction de président autrichien, cette dernière reste protocolaire alors que le président est la clé de voute de la Ve République. » Autrement dit, en France, l’élection présidentielle est un enjeu majoritaire, ce qui complique un peu plus la tâche du FN.

Une politique migratoire sévère

Si, d’après Jean-Yves Camus, « l’Autriche a toujours fait sa part du travail » en termes de politique migratoire « aussi bien dans les années 1990 avec la crise des Balkans que récemment avec la crise des réfugiés provenant de Syrie », la politique du pays devrait changer sans surprise en cas d’arrivée au pouvoir du candidat du FPÖ. « il y aura une restriction drastique du nombre de migrants au sein de l’Autriche », explique le politologue. Le candidat populiste autrichien refuse fermement de se plier à la politique de répartition des migrants et n’hésitera pas à s’opposer à ses homologues européens. A l’échelle nationale, Jean-Yves Camus prédit par ailleurs qu’Hofer n’hésitera pas à dissoudre le Parlement « si la politique migratoire interne n’est pas assez sévère. »

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L’Autriche peut compliquer les négociations du traité de libre-échange transatlantique

Alors que les négociations concernant le Tafta s’éternisent, l’intervention de Norbert Hofer dans le débat devrait les bloquer un peu plus, étant donné que le représentant du FPÖ se veut hostile au texte. Selon le constitutionnaliste Bernd-Christian Funk, cité par Le Monde, le candidat d’extrême droite pourrait bien « lever le mandat de négociation du gouvernement, ce qui mettrait automatiquement fin aux discussions » à l’échelle nationale, et mettrait « l’Autriche en froid avec les Etats-Unis » d’après Jean-Yves Camus. Celui-ci fait par ailleurs état d’une « volonté d’aller au bras de fer » de la part de Norbert Hofer.

Une sortie de l’UE peu probable mais une réelle volonté de changer les frontières italo-autrichiennes

Opposé à l’adhésion de l’Autriche à l’Union Européenne en 1994, Norbert Hoffer a, durant la campagne, discrètement rappelé ne pas exclure l’hypothèse d’un référendum similaire à celui de la Grande-Bretagne à propos de la sortie de l’UE. Selon Jean-Yves Camus, une sortie de l’Europe n’a cependant jamais « été dans les cartons du FPÖ », ce qui explique que « Hofer n’ait pas fait particulièrement de forcing à ce sujet » pendant sa campagne. Il est cependant de notoriété publique que Norbert Hofer ambitionne de modifier les frontières au sein de l’UE, estimant que le Sud Tyrol, région du nord de l’Italie fortement germanophone, devrait revenir de droit à l’Autriche comme c’était le cas avant 1919.

Les premières estimations font état d'un coude à coude avec une avance de moins d'un pourcent pour Norbert Hofer.