Réunion de crise organisée par le président égyptien Al-Sissi le 20 mai 2016, fournie par l'agence de presse présidentielle.
Réunion de crise organisée par le président égyptien Al-Sissi le 20 mai 2016, fournie par l'agence de presse présidentielle. — Uncredited/AP/SIPA

GÉOPOLITIQUE

Crash du vol EgyptAir: Pourquoi la communication de l'Egypte est hasardeuse

Depuis l'annonce, jeudi matin, de la disparition du vol MS804 d’EgyptAir, la communication de crise des autorités égyptiennes semble confuse...

Un signal de détresse prétendument envoyé par le pilote, des débris retrouvés quelques heures à peine après l’annonce de la disparition du vol MS804 à destination du Caire… La journée du jeudi 19 mai a été marquée par plusieurs « loupés » en matière de communication, que ce soit du côté de la compagnie concernée, EgyptAir, que du côté des ministères égyptiens. Comment expliquer ces cafouillages en série ?

>> A lire aussi : Crash du vol d'Egyptair: Accident technique? Attentat? Qu'est-il arrivé à l'avion?

Le difficile exercice de communication de crise

L’Egypte, depuis sa révolution contre Hosni Moubarak en janvier 2011, a connu diverses crises politiques et économiques. L’image du pays à l’international est l’une des préoccupations fondamentales de l’actuel pouvoir en place. Or les crashs aériens et la menace terroriste ont un impact désastreux sur l’économie touristique souligne Jean Marcou, directeur du Master Méditerranée-Moyen-Orient à Sciences Po Grenoble : « Cette nouvelle disparition va dégrader l’image et la confiance attribuées à l’Egypte, notamment par les investisseurs étrangers ».

Une crainte qui complique considérablement l’exercice de communication de crise d’autant que le pays n’a pas de réelle « culture politique de la gestion de crise » analyse Agnès Levallois, spécialiste du monde arabe contemporain et maîtresse de conférences à Sciences Po Paris : « C’est toujours plus difficile pour ce type de régime, fermé et autoritaire, qui ne se prête pas facilement à ce genre d’exercice. Al-Sissi n’est pas entouré par beaucoup de personnes et gère les crises de façon très resserrée, il n’y a pas de fluidité dans les relations entre les uns et les autres ». En revanche, contrairement au précédent crash du charter Russe en novembre dernier, le pouvoir semble cette fois avoir tiré quelques leçons en matière de communication.

>> A lire aussi : Crash du vol EgyptAir: Un «membre humain», des valises et des sièges parmi les débris retrouvés

Le précédent du Sinaï

Depuis son arrivée au pouvoir en mars 2014, c’est le second crash aux circonstances troublantes auquel est confronté le général Abdel Fattah al-Sissi. La désintégration de l’Airbus de la compagnie Metrojet dans le Sinaï égyptien, qui a fait 224 morts le 31 octobre 2015, avait particulièrement gêné le pouvoir. Alors que la thèse de l’attentat s’était confirmée et qu’une revendication de Daesh avait été authentifiée, le président se refusait de qualifier l’événement « d’attentat ». Il aura fallu attendre près de quatre mois pour que l’acte terroriste soit finalement reconnu par l’Egypte. Jeudi en revanche, le ministre de l’aviation civile a évoqué, moins de dix heures après l’annonce de la disparition, que l’hypothèse de l’attentat devait être considérée.

Une différence de positionnement par rapport à la disparition de l’avion dans le Sinaï qui semble logique aux yeux d’Agnès Levallois : « La dernière fois, alors qu’elle disposait d’éléments probants, l’Egypte a préféré nier et s’est enferrée, ce qui l’a décrédibilisé. Si aujourd’hui la communication autour d’une piste terroriste a été si rapide c’est surtout parce que l’avion ne décollait pas de son sol mais de Paris. Si l’attentat est avéré pour le vol EgyptAir, la sécurité des infrastructures aéroportuaires égyptiennes ne sera pas mise directement en cause ».

Grâce aux premiers débris repêchés ce vendredi, les autorités espèrent comprendre comment le vol MS804 a brusquement disparu des écrans radar alors qu’il survolait, sans problème apparent et dans un ciel clair, la Méditerranée orientale.