Inde: Elle accouche à 70 ans de son premier enfant, un problème d'éthique selon le monde médical

SANTE Le «cas Daljinder Kaur» est l'occasion pour les spécialistes de rappeler les risques liés à ces grossesses ultra-tardives qui se multiplient....

20 Minutes avec agences

— 

Daljinder Kaur, une Indienne de 70 ans, a donné naissance à son premier enfant le 19 avril 2016.
Daljinder Kaur, une Indienne de 70 ans, a donné naissance à son premier enfant le 19 avril 2016. — AFP

En Inde, Daljinder Kaur vient d’accoucher à 70 ans de son premier enfant. La nouvelle a fait le tour des médias et des réseaux sociaux, mardi, certains saluant la prouesse de la sexagénaire, d’autres se moquant de la « jeune maman » ou fustigeant les médecins ayant accepté de réaliser une fécondation in vitro (FIV).

 

Trois jours après cette annonce choc, des médecins indiens critiquent, eux, vertement la pratique, doutant au passage que Daljinder Kaur ait bénéficié d’une simple FIV sans don d’ovocytes.

Ethique et ovocytes

Si la clinique spécialisée de l’Etat de l’Haryana (nord de l’Inde) a assuré que la fécondation avait été obtenue en utilisant les ovules de la mère et le sperme de son mari âgé de 79 ans, mais The Guardian a affirmé, mercredi, que Daljinder Kaur avait bénéficié d’un don d’ovocytes. Information confirmée, selon le quotidien britannique, par un médecin de la maternité.

L’expert en obstétrique Sunil Jindal s’est lui demandé quel sera l’avenir d’un enfant né de parents âgés et rappelle le risque médical encouru par la mère. « Il y a des questions d’éthique. A mon avis il n’est pas justifié de faire bénéficier de ce traitement une femme de plus de soixante ans », a-t-il déclaré aux médias indiens et à l’AFP.

« Selon moi, ce n’est pas un âge pour avoir un enfant »

« Selon moi, ce n’est pas un âge pour avoir un enfant », a indiqué, pour sa part, le gynécologue, Anshu Jindal. La spécialiste, qui exerce à Meerut près de la capitale, assure qu’elle tente de décourager les femmes de plus de 60 ans de suivre un traitement contre l’infertilité. Ceci alors qu’en Inde, tout comme dans d’autres pays Occidentaux, les grossesses ultra-tardives se multiplient.

Ainsi, en France, le chiffre des maternités après 50 ans a triplé en moins de 15 ans pour atteindre les 98 naissances en 2014. La même année, dans le monde, 800.000 bébés étaient issus de grossesses tardives.

« Une grossesse après 50 ans est une folie »

« Qu’il y ait un désir d’enfant de plus en plus tardif est une réalité. Que la contraception et les études plus longues repoussent l’âge de la grossesse aussi. Que les hommes mettent du temps à s’engager, c’est vrai aussi, mais une grossesse après 50 ans est une folie », assurait récemment Joëlle Belaïsch-Allart, gynécologue à l’hôpital des quatre villes, à Sèvres (Hauts-de-Seine).

 

 

En Inde comme en France, les spécialistes du sujet rebondissent donc sur le « cas Daljinder Kaur » pour rappeler les risques liés à une grossesse ultra-tardive. Des risques bien réels pour les futures mères (hypertension, diabète, hémorragie de la délivrance, voire décès), comme pour l’enfant (prématurité et mort in utero).

Reste que, si plusieurs études mettent en évidence les risques pour les enfants nés de pères de plus de 60 ans (schizophrénie, autisme), aucune donnée n’est pour l’instant disponible sur l’évolution sociale et psychologique de ces enfants nés de mères âgées.