Facebook accusé de manipuler les internautes avec ses «trending topics»

POLITIQUE Le réseau social a démenti en assurant que « ces allégations étaient infondées »…

20 Minutes avec agences

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Illustration Facebook
Illustration Facebook — MATHIEU PATTIER/SIPA

La rubrique « Trending » (qui n’existe pas dans la version française de Facebook) est une petite pastille qui se trouve en haut à droite de la page et mentionne les sujets dont on parle le plus sur le réseau social.

Et c’est concernant cette petite rubrique, dont les thèmes choisis sont en théorie identifiés par un algorithme que Facebook est, depuis le début de la semaine, accusé d’avoir manipulé les internautes.

Une rédaction qui opère des choix éditoriaux affirmés

Si l’algorithme repère le nombre total de mentions ou une forte augmentation des requêtes sur un court laps de temps, selon le site Gizmodo, ce service fonctionnerait en réalité comme une rédaction qui opère des choix éditoriaux affirmés. Certains individuels, d’autres collectifs.

 

 

Des personnalités conservatrices, telles que les républicains Mitt Romney (candidat à la présidentielle en 2012), Ted Cruz et Scott Walker (candidats à l’investiture républicaine en 2016), ou l’éditorialiste radio Glenn Beck, lui aussi conservateur, ont ainsi été écartés de la liste sur décision individuelle alors que leur nom faisait surface sur Facebook, selon des témoignages d’anciens collaborateurs du réseau social cités par Gizmodo.

Exit Fox News, préférons le « New York Times » ou la BBC

Les journalistes s’auraient pas utilise de sites réputés conservateurs comme source et n’auraient intégré un sujet aux tendances que s’il avait été traité par des médias considérés comme plus neutres, comme le New York Times, la BBC ou la chaîne d’informations CNN.

Ce traitement éditorialisé n’aurait pas été le résultat d’instructions.

 

>> A lire aussi : Facebook: Mark Zuckerberg prie ses employés d’arrêter de rayer les slogans «Black lives matter»

 

La Syrie, Black Lives Matter ou Charlie Hebdo

En revanche, des consignes ont bel et bien été données, selon les prestataires interrogés par Gizmodo, pour que des sujets qui ne suscitaient pas d’activité suffisante soient tout de même intégrés aux tendances. Il s’agissait principalement d’informations traitées par les médias de référence, concernant notamment la Syrie ou le mouvement protestataire américain Black Lives Matter.

Gizmodo cite également l’exemple de l’attaque de janvier 2015 contre Charlie Hebdo, relevée alors qu’elle ne faisait pas l’objet d’un intérêt global suffisant.

« Nous nous sommes penchés sur le sujet et avons conclu que ces allégations étaient infondées », a indiqué un porte-parole de Facebook. Dans un message posté sur le réseau social, le responsable des « trending topics », ces fameuses tendances d’actualité, Tom Stocky, a assuré que son équipe était soumise à des « règles rigoureuses (…) pour assurer la cohérence et la neutralité » de la rubrique.

 

My team is responsible for Trending Topics, and I want to address today’s reports alleging that Facebook contractors...

Publié par Tom Stocky sur lundi 9 mai 2016

 

« Facebook est une société privée qui peut faire ce qu’elle veut »

Les accusations de Gizmodo ont déclenché une vive polémique, nourrie par les médias identifiés comme conservateurs. Le New York Post a même dédié sa une au sujet ce mardi, titrant : « Vous ne lirez pas ça sur Facebook. Le site censure les informations ».

 

 

Quant au président républicain de la commission du Commerce, des Sciences et des Transports du Sénat américain, John Thune, il a envoyé une lettre au PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, pour lui demander des éclaircissements.

La polémique pose la question de l’influence d’une plateforme consultée quotidiennement par 1,09 milliard d’internautes. Mais pour Joel Kaplan, doyen associé de la Newhouse School de l’université de Syracuse, elle n’a pas lieu d’être : « Facebook est une société privée qui peut faire ce qu’elle veut. Si elle veut mettre en avant un sujet ou un point de vue, c’est son droit comme c’est celui de Fox News ou du New York Times. »