Plus extrême que Trump, Rodrigo Duterte, favori de la présidentielle aux Philippines

ELECTIONS Avec un discours sécuritaire radical, le candidat trash est favori de l'élection ce lundi...

Olivier Philippe-Viela

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Le candidat à l'élection présidentielle philippine, Rodrigo Duterte, le 10 mars 2016 à Manille.
Le candidat à l'élection présidentielle philippine, Rodrigo Duterte, le 10 mars 2016 à Manille. — Bullit Marquez/AP/SIPA

Si la rhétorique de Donald Trump explose toutes les conventions en matière de discours politique balisé, celle de Rodrigo Duterte relève d'une autre dimension. Sur le point de remporter l’élection présidentielle aux Philippines qui se déroule ce lundi, le candidat populiste, après dépouillement de 63% des bulletins de vote, a recueilli 38,92% des voix, d'après l'organisme de contrôle des élections. Sa poursuivante, la sénatrice Grace Poe, n'a eu que 22,14% des suffrages.

La particularité de Duterte : il aime parler de son sexe, blague sur le viol et considère que le pape François est « un fils de pute ». Voici pour la présentation du personnage. Le décor, ce sont ces élections générales philippines : dans ce pays de 100 millions d’habitants, la moitié des citoyens est appelée à se rendre dans les bureaux de vote pour désigner un nouveau président - successeur du libéral Benigno Aquino en poste depuis 2010 -, un vice-président, 300 parlementaires et environ 1.800 élus locaux.

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Cinq candidats se disputent la plus haute fonction. Avec à l'heure actuelle 4,5 millions de voix de plus que Grace Poe, arrivée en deuxième position, et en vertu du système électoral philippin qui ne recquiert pas de majorité absolue, Rodrigo Duterte devrait être élu président. Pour se mettre en position favorable, cet avocat de 71 ans, a joué à fond la carte sécuritaire. Il faut dire que son CV ne lui laissait pas beaucoup d’autres options.

Maire de Davao, dans le Sud-Est du pays, depuis 1988, celui qui est surnommé « Duterte Harry » (référence au policier borderline interprété par Clint Eastwood) est célèbre pour avoir mis en place au cours de ses mandats des escadrons de la mort ayant fait au moins 1.700 victimes dans la ville, au nom de la lutte contre la criminalité. Ce bilan fièrement revendiqué - les chiffres sont de lui -, lui a valu un autre surnom, de la part du Time : « The Punisher », qui se passe de traduction. Autre parallèle avec l’inspecteur Harry, le magazine américain racontait que le Philippin se déplaçait avec un revolver à la ceinture.

« Oubliez les lois sur les droits de l'Homme ! »

Il ne devrait pas en faire usage s’il accède au pouvoir, mais Rodrigo Duterte a déjà promis de sévir lors de son dernier meeting : « Oubliez les lois sur les droits de l'Homme ! Si je suis élu président, je ferai exactement ce que j'ai fait en tant que  maire. Vous, les dealers, les braqueurs et les vauriens, vous feriez mieux de partir. Parce que je vais vous tuer », a-t-il expliqué. Son programme sécuritaire donc : massacrer au moins 100.000 criminels, puis s’appliquer la grâce présidentielle pour échapper à la justice.

Comme Trump, le favori des sondages se présente comme l’outsider désigné par le peuple face à une élite déconnectée. « Lorsque je deviendrai président, par la grâce de Dieu, je servirai les gens, pas vous. Merde. Mon problème c'est les gens en bas de l'échelle. Mon  problème, c'est comment mettre à manger sur la table. Je ne suis qu'un Philippin ordinaire. Je n'ai pas de quoi être fier, excepté quand je suis en colère contre ces fils de p..., je vais vraiment les tuer. C'est ma spécialité », a-t-il aussi lancé en public, comme un mantra.

Le maire de Davao ne fait d’ailleurs pas vraiment de distinction entre discours officiel et privé. Adepte de l’humour douteux, il n’a pas hésité mi-avril à plaisanter sur le viol et le meurtre en 1989 d’une missionnaire australienne dans une prison de Davao : « Ils ont violé toutes les femmes. Il y avait cette missionnaire australienne. J’ai vu son visage et je me suis dit, putain, quel dommage. Ils l’ont violée, ils ont tous attendu leur tour. J’étais en colère qu’ils l’aient violée mais elle était si belle. Je me suis dit, le maire aurait dû passer en premier. »

En jet-ski contre la Chine

Duterte, une épouse, deux maîtresses officielles et quatre enfants (« Je ne suis pas impotent ! Quand je suis loin de ma femme, que suis-je sensé faire ? Laisser mon pénis pendre éternellement ? Quand je prends du Viagra, il se lève »), a également affirmé réfléchir à la légalisation du mariage gay. Paradoxal, dans un pays où le boxeur superstar Manny Pacquiao avait comparé les homosexuels à des animaux et où la population est à 80% catholique. Peu importe pour le candidat Duterte, qui avait qualifié le pape François de « fils de pute » à cause des embouteillages provoqués par sa visite à Manille en novembre 2015.

Preuve qu’il ne craint pas l’autorité, le « Trump asiatique » a aussi promis d’aller en jet-ski sur le récif de Scarborough, un atoll verrouillé par la Chine que se disputent Manille et Pékin depuis un siècle. Rodrigo Duterte assure qu’il y plantera le drapeau philippin. Avant cela, il lui faut mettre la main sur la présidence du pays.