Rama Yade : «Si Total quitte la Birmanie, elle sera immédiatement remplacée»

DIPLOMATIE Le secrétaire d'Etat aux Droits de l'homme a détaillé sa vision de la crise de Rangoun...

Alexandre Sulzer

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La secrétaire d'Etat aux Droits de l'Homme Rama Yade a défendu jeudi le fait que la France ne demandait pas un retrait du groupe pétrolier Total de Birmanie, tout en confirmant son intention de s'entretenir avec la direction de l'entreprise.
La secrétaire d'Etat aux Droits de l'Homme Rama Yade a défendu jeudi le fait que la France ne demandait pas un retrait du groupe pétrolier Total de Birmanie, tout en confirmant son intention de s'entretenir avec la direction de l'entreprise. — Jean Ayissi AFP/archives

«Elle a une espèce de passion pour Aung San Suu Kyi», la principale opposante à la junte birmane. Rama Yade a détaillé jeudi, lors d'un déjeuner avec la presse diplomatique, la stratégie du Quai d'Orsay pour sortir de la crise à Rangoun.
 
Si un retrait des activités de Total en Birmanie n'est pas «la solution à apporter», c'est que «la survie de la junte militaire ne dépend pas» de la société pétrolière française. «Si elle part, elle sera immédiatement remplacée par une autre entreprise, indienne ou chinoise», estime la secrétaire d'Etat aux Droits de l'homme. Mais rappelle toutefois que Nicolas Sarkozy a demandé le gel des investissements de Total dans le pays.
 
Il faut donc des sanctions directes contre Rangoun, pense Rama Yade. Mais celles adoptées par l'Union européenne depuis plusieurs années «n'ont pas marché» car ce sont des «sanctions d'Occidentaux». Explication: la junte entretient ses relations principales avec d'autres pays asiatiques, notamment la Chine, son alliée. Des mesures européennes se révèlent, selon la ministre, «partielles». Il faut «élever les sanctions au niveau du Conseil de sécurité de l'ONU» pour y faire participer les voisins asiatiques, «clés» de la crise.
 
«Je n'ai pas envie de tourner» dans la région
 
D'ores et déjà, Rama Yade observe que Pékin, en appelant le régime birman à la retenue, a eu «une réaction inattendue». Une position plus souple qu'elle attribue à la «perspective des Jeux Olympiques de 2008».
 
La junte aurait intérêt, poursuit-elle, «à recevoir des représentants de la communauté internationale pour expliquer ce qu'ils attendent, ce qu'ils proposent pour sortir de la crise». Se rendra-t-elle en Birmanie dans les jours qui viennent? «L'émissaire de l'ONU dans la région tourne depuis quelque temps sans recevoir d'autorisation pour être reçu par les militaires», répond-elle. «Moi, je n'ai pas envie de tourner comme cela».

Rama Yade a également précisé que Nicolas Sarkozy «réfléchissait à la façon de parler publiquement de la question des Droits de l'homme» lors de son voyage le 23 novembre en Chine. Elle a estimé que la politique de la France vis-à-vis de Pékin devait évoluer : «les Américains font du commerce avec les Chinois tant en leur parlant directement des Droits de l'homme. Nous, on ne fait ni l'un ni l'autre».