Grève générale en Grèce: Vers un retour de la crise ?

ECONOMIE Le pays est paralysé pendant deux jours pour protester contre deux réformes sociales…

Olivier Philippe-Viela

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Un manifestant scande des slogans anti-austérité dans le centre d'Athènes, le 6 mai 2016 en Grèce.
Un manifestant scande des slogans anti-austérité dans le centre d'Athènes, le 6 mai 2016 en Grèce. — AP Photo/Petros Giannakouris

Métros, bus, trains et bateaux, tous à l’arrêt ce vendredi en Grèce. Des syndicats des secteurs public et privé ont appelé à une grève générale de 48h, jusqu’à samedi. Les bâtiments publics restent fermés et les médias fonctionnent au ralenti, les journalistes s’étant joints à ce mouvement lancé pour protester contre deux projets de loi dont le vote par le Parlement est prévu dimanche à Athènes.

Ces réformes prévoient la réduction des pensions les plus élevées, la fusion des multiples caisses d’assurance, l’augmentation des cotisations, des taxes et de l’imposition pour les moyens et hauts revenus.

Athènes espère ainsi obtenir enfin le feu vert de ses créanciers (Union européenne et FMI) pour la conclusion d’une première évaluation du programme d’aide au pays de 86 milliards d’euros conclu en juillet, qui permettra la poursuite du versement des prêts et l’ouverture d’une discussion sur la réduction de la dette publique. Athènes a un besoin urgent de liquidités afin de rembourser près de 5 milliards d’euros d’ici la mi-juillet.

Empêcher « le système de s’effondrer »

Devant ses députés, le Premier ministre, qui fait face à sa quatrième grève générale depuis sa réélection en septembre, a encore une fois défendu vendredi les impopulaires mesures prévues, arguant qu’elles épargneraient les plus défavorisés, au nom de la « justice sociale ». Il a réaffirmé que réformer les retraites était indispensable pour empêcher « le système de s’effondrer dans quelques années ».

Alexis Tsipras compte sur l’adoption de la réforme pour prouver aux créanciers qu’il peut mener à bien les réformes. Lundi, les 19 ministres des Finances de la zone euro, dont le Grec Euclide Tsakalotos, se retrouvent à Bruxelles en réunion extraordinaire afin d’évoquer de nouveau les réformes grecques et discuter d’un possible allégement de l’abyssale dette du pays (près de 180 % du PIB).

 

Une précédente réunion prévue le 28 avril avait été annulée par les ministres des finances européens (Eurogroupe) qui estimaient que la Grèce n’avait pas pris de mesures suffisantes pour faire des économies. Les discussions achoppent sur de nouvelles mesures d’économies que la Grèce devrait metre en place si elles ne respectent pas les objectifs des bailleurs de fonds à savoir un excédent budgétaire primaire (hors service de la dette) de 3,5 % du PIB pour 2018 ce qui est pourtant contraire à la constitution grecque. « L’accord passé en 2015 était totalement irréaliste. Un an plus tard, le pays est toujours dans l’impasse », avance Henri Sterdyniak, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

La crise des migrants aggrave la situation

Selon lui, les restrictions quasiment imposées à la Grèce sont aussi une perte de temps : « On ne peut pas demander l’impossible. Une politique d’austérité entraîne forcément une baisse de la croissance. Il faudrait que les créanciers ne soient pas aussi exigeants, qu’ils acceptent de la Grèce juste un solde primaire équilibré [c'est-à-dire le budget de l'Etat avant paiement des intérêts de la dette, Ndlr] et l’idée que la dette du pays ne puisse pas être remboursée avant cinquante ou cent ans. »

En dépit des décisions radicales de l’exécutif grec, le quotidien britannique Financial Times a révélé une lettre de Christine Lagarde, adressée à l’Eurogroupe, dans laquelle la directrice du FMI juge ces coupes budgétaires « pas crédibles » et « pas souhaitables », « car elles rajoutent à l’incertitude ». Pour l’ancienne ministre de l’Economie, Athènes doit procéder à des changements plus profonds encore de son régime des retraites et de sa fiscalité. De son côté, François Hollande « souhaite un accord lundi sur la Grèce car « la situation de la Grèce peut être un élément de fragilité pour la zone euro ».

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L’économie hellénique se retrouve-t-elle dans un cercle vicieux qui pourrait faire réapparaître le spectre du Grexit ? Pas forcément, car la situation a évolué pour Jean Marcou, enseignant-chercheur à Sciences Po Grenoble et spécialiste de l’Europe du Sud : « Le contexte géopolitique a beaucoup changé depuis l’été dernier, avec la crise des réfugiés qui est loin d’être terminée. L’UE n’a pas du tout intérêt à voir tomber la Grèce, d’autant plus qu’à l’heure actuelle, avec les dizaines de milliers de migrants qui traversent ses frontières, le pays n’a pas les moyens d’y faire face. » Même constat pour Henri Sterdyniak, qui y voit un argument à faire valoir pour l’exécutif grec : « C’est une carte à jouer pour Tsipras. La Grèce reçoit beaucoup plus de migrants que les autres, avec un chômage à 20 % et aucun moyen de les intégrer. Elle ne peut pas dans le même temps se plier aux exigences insupportables de ses créanciers. »