Le pape appelle l'Europe à «construire des ponts et abattre des murs»

MONDE Le pape a critiqué une Europe « en déclin (…), qui est en train de « se retrancher »

A.B. avec AFP

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Le pape François lors d'une audience générale hebdomadaire au Vatican, le 13 avril 2016
Le pape François lors d'une audience générale hebdomadaire au Vatican, le 13 avril 2016 — GABRIEL BOUYS AFP

Le pape François a appelé vendredi les Européens « aujourd’hui plus que jamais, à construire des ponts et à abattre des murs », à l’image des pères fondateurs de l’Union européenne, en recevant le prix Charlemagne au Vatican.

Aaller vers une Europe plus ouverte et plus sociale

« Les projets des Pères fondateurs [de l’UE], hérauts de la paix et prophètes de l’avenir, ne sont pas dépassés », a lancé le saint-Père en adressant un vibrant plaidoyer pour l’Europe dans son discours.

Il a également exhorté les Européens à oser un changement radical de modèle, pour aller vers une Europe plus ouverte mais aussi plus sociale, au moment où, a-t-il souligné, le chômage fait des ravages en particulier chez les jeunes.

« Comment pouvons-nous faire participer nos jeunes à cette construction lorsque nous les privons de travail (…) nous ne savons pas leur offrir des opportunités et des valeurs ? », a-t-il lancé. S’adressant à ses invités - la chancelière allemande Angela Merkel, les présidents du Conseil européen, Donald Tusk, de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, du Parlement européen Martin Shulz, de la Banque centrale européenne Mario Draghi, la chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini et le roi d’Espagne -, François les a exhortés à « construire des ponts et abattre des murs ».

La cérémonie a eu lieu au Vatican, et non à Aix-La-Chapelle (Allemagne), où le prix Charlemagne est traditionnellement remis à une personnalité ayant contribué à l’unification européenne.

Une Europe « en déclin, en train de se retrancher »

Le pape argentin, qui avait déjà « secoué » l’UE lors d’un discours devant le parlement européen en novembre 2014, a critiqué une Europe « en déclin (…), qui est en train de "se retrancher" au lieu de privilégier des actions qui promeuvent de nouveaux dynamismes dans la société ». « Que t’est-il arrivé, Europe humaniste, paladin des droits de l’homme, de la démocratie et de la liberté ? », s’est-il exclamé en faisant référence aux seigneurs de la suite de Charlemagne.

Jorge Bergoglio a également déploré que cette UE ne se contente en ce moment que de « retouches cosmétiques ou de compromis bancals », notamment en matière d’accueil des migrants, dont il s’est fait un grand défenseur, n’hésitant pas à montrer l’exemple. Au terme d’un récent voyage sur l’île grecque de Lesbos, il avait ramené avec lui douze réfugiés syriens.

Prônant un nécessaire « dialogue », le pape a insisté sur le fait qu’il « permet de regarder l’étranger, le migrant, celui qui appartient à une autre culture comme un sujet à écouter, à considérer et à apprécier ». Car, rappelle le pape, « l’identité européenne est, et a toujours été, une identité dynamique et multiculturelle ».

« Nous retrancher dans nos petites zones de confort n’est pas une solution », notamment face au « déferlement des populismes pernicieux et stupides », a affirmé pour sa part Jean-Claude Juncker.