La présence de Total en Birmanie fait polémique

ECONOMIE Alors que Nicolas Sarkozy a demandé aux entreprises françaises de geler...

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Le parquet de Nanterre avait ouvert en octobre 2002 une information judiciaire pour "séquestration", après la plainte de huit travailleurs birmans qui reprochaient à Total d'avoir dû travailler sans rémunération à la construction d'un gazoduc entre 1995 et 1998, forcés par l'armée birmane.
Le parquet de Nanterre avait ouvert en octobre 2002 une information judiciaire pour "séquestration", après la plainte de huit travailleurs birmans qui reprochaient à Total d'avoir dû travailler sans rémunération à la construction d'un gazoduc entre 1995 et 1998, forcés par l'armée birmane. — Pascale Trouillaud AFP/Archives

Alors que l’Union européenne a décrété depuis 1996 «l'interdiction d'investir ou de prêter aux entreprises liées à la junte» militaire en Birmanie, la présence du groupe pétrolier français Total dans ce pays pose question.

Présent en Birmanie depuis 1992

Le président français lui-même a demandé aux entreprises françaises, mercredi, de geler leurs investissements dans ce pays en raison de la répression des manifestations. Ce qui a conduit Total à rappeler qu'il «n'investit plus en Birmanie depuis environ dix ans». «Une filiale du groupe reste présente dans le pays, employant environ 270 personnes, pour continuer à faire tourner le projet de Yadana», a ajouté une porte-parole du groupe.

De leur côté, Les Amis de la Terre a dénoncé jeudi une «mascarade», au lendemain de la demande formulée par Nicolas Sarkozy. L'association appelle «la France et l'Union européenne à un renforcement immédiat des sanctions contre les entreprises investissant dans les secteurs stratégiques des ressources naturelles en Birmanie».

«La junte étant intégralement dépendante de ces investissements étrangers, des sanctions ciblées auraient donc une efficacité redoutable», dit-elle en estimant que «les retombées négatives pour la population civile, très majoritairement rurale et auto-subsistante, seraient quasi-nulles». 

Total en Birmanie depuis 1992


Total est présent en Birmanie depuis 1992, sur le champ gazier de Yadana (sud), où il a produit en 2006 17,4 millions de mètres cube de gaz par jour pour alimenter des centrales électriques en Thaïlande.

La secrétaire d'Etat française aux Droits de l'Homme, Rama Yade, a défendu jeudi le fait que la France ne demandait pas un retrait du groupe pétrolier Total de Birmanie, tout en confirmant son intention de s'entretenir avec la direction de l'entreprise.

«Recours au travail forcé»

Organisations non gouvernementales et syndicats militent de leur côté pour un départ pur et simple du groupe pétrolier de Birmanie, où ils l'accusent de recourir au travail forcé. Total a fait ces dernières années l'objet de plaintes de travailleurs birmans, notamment en France et en Belgique. En France, la justice a reconnu en juin 2006 ce type de pratique mais a conclu à un non-lieu pour des raisons de procédure.

Interrogé sur RMC jeudi matin, le Dr Sein Win, le «Premier ministre» de l'opposition birmane en exil, a accusé Total de bénéficier d'une main d'œuvre forcée fournie par la junte militaire pour protéger le gazoduc de Yadana. «Bien sûr Total peut toujours dire qu'il n'utilise pas de main d'œuvre forcée. Mais l'armée le fait puisqu'elle protège l'entreprise Total», a dit le Dr Sein Win. «Lorsque vous avez un pipeline ou un gazoduc qui doit être protégé, qu'il faut mettre en place une infrastructure, c'est l'armée qui va venir sur place pour des raisons de sécurité», a-t-il ajouté.

Le rapport Kouchner

Cet opposant était interrogé sur les conclusions en 2003 de l'actuel ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner, alors dans l'opposition, qui avait justifié la décision de Total d'opérer en Birmanie dans un rapport rédigé en tant que consultant privé. «L'époque n'est plus au boycott ou à l'embargo, à l'efficacité limitée, dont ne souffrent que les plus pauvres», écrivait Bernard Kouchner dans ce rapport. Mercredi, il s'est à nouveau prononcé contre un retrait de Total.

Pour sa part, Total rappelle régulièrement qu'il a lancé depuis 1995, sur le parcours terrestre du gazoduc, un programme socio-économique en faveur des populations des villages riverains. Un «retrait forcé n'aurait pour effet que notre remplacement par d'autres opérateurs probablement moins respectueux de l'éthique», affirme le groupe.

Nicolas Sarkozy a appelé mercredi à l'adoption «sans tarder» de sanctions contre la Birmanie.