Changement d’heure, coupures d’électricité et jours fériés... Face à la pénurie d'énergie, le Venezuela multiplie les décisions radicales

ENERGIE Frappé par une pénurie d'électricité, le Venezuela a pris des mesures radicales et (normalement) temporaires...

Olivier Philippe-Viela (avec AFP)
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Le président du Venezuela, Nicolas Maduro, à Caracas, le 19 avril 2016
Le président du Venezuela, Nicolas Maduro, à Caracas, le 19 avril 2016 — JUAN BARRETO AFP

Depuis une semaine, le Venezuela se plie à un rationnement de l’électricité décrété par son président Nicolas Maduro, afin de faire face à la crise énergétique. Selon le gouvernement, le phénomène climatique El Niño, un courant chaud qui atteint l’Amérique du Sud par cycles, en est responsable. En effet, 70 % de l’électricité du pays provient de l’énergie hydraulique et le passage d’El Niño a considérablement asséché les réserves, en particulier le niveau d’eau d’El Guri, le grand barrage situé dans le sud du pays.

« Camarades ! Sur ces images vous pouvez vous faire une idée du niveau du barrage de Guri sur une durée de 30 jours. CE N’EST PAS UN JEU ! », a tweeté le ministre de l’Energie électrique Luis Motta le 22 avril.


En attendant que ce niveau revienne à un seuil normal, dans environ quarante jours avec le début de la saison des pluies, une série de mesures atypiques ont été mises en place par les autorités afin d’économiser l’électricité.

Un changement d’heure pour profiter du soleil

C’est le dernier changement en date : dimanche 1er mai, à 2h30 du matin, le Venezuela a modifié son fuseau horaire, avançant l’horaire officiel d’une demi-heure. Désormais, à midi en France, il est 6h à Caracas (contre 5h30 avant). « Cela va permettre de mieux profiter de la lumière du jour, car il fera nuit plus tard », a justifié le ministre des Sciences Jorge Arreaza. Le pays retrouve le fuseau qu’il avait avant le 9 décembre 2007 (-04h00 GMT), quand l’ancien président Hugo Chavez avait fait reculer les montres de trente minutes pour, expliquait-il, « éviter aux enfants de se rendre à l’école dans le noir le matin ».

Deux jours de travail par semaine pour les fonctionnaires, le vendredi férié pour tout le monde

Nicolas Maduro avait annoncé le 27 avril la mise en place d’une semaine…de deux jours, les lundi et mardi, pour les fonctionnaires, pendant deux semaines au moins. « Mercredi, jeudi et vendredi seront chômés dans le secteur public, à l’exception des tâches fondamentales et nécessaires », a précisé le vice-président Aristobulo Isturiz.

Les membres du service public auront un week-end de trois jours pour une plus longue période encore, comme le reste du pays, puisque depuis le 8 avril, et jusqu’au 6 juin, le vendredi a été déclaré férié. Cela concerne également les élèves du pays, de la maternelle au lycée.

Des coupures d’électricité 4h par jour dans les zones les plus peuplées

Depuis le 25 avril, mis à part dans la capitale Caracas, les habitants des dix Etats les plus peuplés du pays, sur 28, sont soumis à une coupure hebdomadaire d’électricité de quatre heures. Le rationnement devrait se poursuivre jusqu’à l’arrivée de la saison des pluies fin mai. « Ce plan va durer approximativement 40 jours », selon le ministre Luis Motta. Durant cette période, les bâtiments qui consomment le plus, comme les hôtels et les centres commerciaux, doivent eux-mêmes assurer leurs besoins en électricité durant neuf heures par jour, ce qui a poussé plusieurs enseignes à limiter les horaires d’ouverture.

L’usage d’un sèche-cheveux vivement déconseillé par Maduro

Plus insolite, Nicolas Maduro a demandé début avril aux Vénézuéliennes (mais pas aux Vénézuéliens) de cesser d’utiliser leur sèche-cheveux le temps du rationnement. Le président a même donné quelques conseils esthétiques, y voyant un mal pour un bien puisque selon lui « une femme est bien plus jolie quand elle se contente de se passer les doigts dans les cheveux et qu’elle les laisse sécher naturellement ». Autres petites astuces fournies par Maduro : plus de fer à repasser, plus de sèche-linge, et dans l’idéal la climatisation à une température supérieure.

Une crise plus large

Selon les opposants au gouvernement, majoritaires au Parlement (les salaires des députés et des employés de l’institution n’ont d’ailleurs pas été versés en avril, par souci d’économie), le gouvernement prend El Niño comme prétexte pour ne pas assumer le manque d’entretien du réseau électrique dans le pays.

Cette crise énergétique intervient dans un contexte politique tendu pour Nicolas Maduro. L’économie du Venezuela, dépendante du pétrole dont il dispose des plus larges réserves de la planète, a souffert de la chute des cours du brut qui fournit 96 % de ses devises. En 2015, l’inflation a grimpé de 180 %. Face à cette situation, l’opposition a lancé un projet de référendum révocatoire à l’encontre du successeur en 2013 de feu Hugo Chavez : 68 % des Vénézuéliens souhaitent son départ selon un sondage de l’institut Venebarometro publié le 28 mai.