Pas de président au Liban avant le 23 octobre

PROCHE-ORIENT Le pays s'enfonce dans la crise, alors que l'opposition a refusé de participer...

De notre correspondant au Liban, David Hury

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Les députés élisent le président à la majorité des deux tiers au premier tour, à la majorité simple ensuite. L'opposition, invoquant une tradition constante, interprète cette règle constitutionnelle comme un quorum des deux tiers, qui lui permettrait d'empêcher l'élection d'un candidat.
Les députés élisent le président à la majorité des deux tiers au premier tour, à la majorité simple ensuite. L'opposition, invoquant une tradition constante, interprète cette règle constitutionnelle comme un quorum des deux tiers, qui lui permettrait d'empêcher l'élection d'un candidat. — Anwar Amro AFP/archives

Les Libanais en ont l’habitude: leurs responsables politiques viennent encore de repousser une échéance cruciale. Ce mardi matin, Nabih Berri – le président du Parlement – a ouvert une première séance parlementaire programmée pour élire le successeur du président pro-syrien Emile Lahoud, en place depuis 9 ans.

A journée particulière, mesures de sécurité particulières. Dans la nuit, l’armée s’est déployée sur tous les axes principaux de Beyrouth et a complètement bouclé un large périmètre autour du Centre-ville, au cœur duquel se situe le Parlement. Vers 10h, une quarantaine de députés de la majorité ont quitté leur refuge du luxueux hôtel Phoenicia, sous bonne garde. Ils craignent pour leur vie, une crainte ravivée par le dernier assassinat en date, celui d’Antoine Ghanem (le 19 septembre dernier). Une demi-heure plus tard, ces parlementaires ont pu constater de visu le boycott annoncé par l’opposition menée par le Hezbollah. Le parti de Hassan Nasrallah avait affiché la couleur: sans candidat agréé par tous, les députés de l’opposition bouderait la séance et empêcherait le vote, celui-ci requérant un quorum des deux tiers des députés. Dont acte. Berri a immédiatement proposé la date du 23 octobre pour la tenue d’un deuxième scrutin.

Crainte de nouvelles tentatives d'assassinat

Les quatre prochaines semaines vont donc servir à trouver ce candidat consensuel réclamé par l’opposition, et par certains membres de la majorité. Cela a commencé dès ce mardi matin, avec la rencontre d’un quart d’heure entre Nabih Berri et Saad Hariri (fils de l’ancien Premier ministre assassiné) qui ne s’étaient plus parlé depuis des mois. Mais rien ne dit que majorité et opposition trouveront un terrain d’entente ces 28 prochains jours. Elles se chamaillent sur tous les dossiers brûlants depuis onze mois et la démission des ministres du Hezbollah en novembre 2006.

L’opposition ne propose qu’un candidat, le général Michel Aoun, personnalité que les ténors de la majorité refusent catégoriquement. Si un consensus ne se dégage pas, la coalition au pouvoir pourra élire l’un de ses candidats à la majorité simple le 23 octobre. Le pays sombrera alors dans une crise politique inextricable, le président Lahoud refusant de quitter son poste si son successeur est élu de la sorte.

Même si Nabih Berri assure que «le climat n’est pas aussi délétère qu’on veut bien le dire», l’assassinat d’Antoine Ghanem a douché les espoirs d’une sortie de crise rapide. «Avec le report du vote à la fin octobre, il faut s’attendre à de nouvelles tentatives d’assassinat contre des députés», s’inquiète Rania, une sunnite de Beyrouth. La coalition au pouvoir n’est en effet plus majoritaire au Parlement que par deux voix. D’ici au 23 octobre, les députés de la majorité vont donc rester sous la protection de l’armée et des Forces de sécurité intérieure, dormant tous les soirs au Phoenicia.