Un an après les séismes, le Népal est toujours un pays en ruines

SEISME Le 25 avril 2015, un tremblement de terre d’une magnitude de 7,8 sur l’échelle de Richter ravageait le Népal, suivi par une deuxième secousse 17 jours plus tard...

B.T.

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Dans une rue de Bhaktapur au Népal, le 6 avril 2016.
Dans une rue de Bhaktapur au Népal, le 6 avril 2016. — Niranjan Shrestha/AP/SIPA

Près de 8.856 morts, plus de 22.000 blessés, un an après les deux séismes qui ont ravagé le Népal, « la demeure des Dieux » peine à se relever.

Moins de 5% des habitations reconstruitres

Sur les 602.257 habitations qui ont été détruites l’année dernière. moins de 5 % d’entre elles ont été reconstruites aujourd'hui. Sur les 4,1 milliards de dollars promis par la communauté internationale au pays pour la reconstruction, seulement 308.880 dollars sont allés à des familles népalaises pour payer les travaux.
Les besoins sont évalués à 6,6 milliards de dollars. Dans un premier temps, le gouvernement népalais avait promis une aide de plus de 1.800 dollars pour chaque maison à reconstruire.

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Associated Press rapporte que de nombreux temples sont aujourd’hui branlants. « Chaque fois que je viens prier, je ne suis pas sûr de ressortir en un seul morceau, témoigne Shanti Shrestha de Katmandou. Nous sommes tous très en colère… En un an, rien n’a été fait. »

Pourquoi ça coince ?

D’abord, l’ampleur de la tâche est titanesque. L’UNICEF évalue à 2,8 millions le nombre de personnes (sur 29 millions d’habitants) à avoir été touchées par les séismes. Mais surtout, les autorités népalaises ont été absorbées par une série de crises politiques internes ces derniers mois.

En septembre, le pays s’est doté d’une nouvelle constitution. Puis le gouvernement népalais a dû affronter un blocus indien des carburants. Celui-ci a considérablement ralenti les travaux de reconstruction et l’acheminement des matières premières pour les chantiers.

Les lourdeurs bureaucratiques ont aussi freiné les travaux. Une évaluation détaillée des dégâts et des habitations à reconstruire étaient toujours en cours en avril. De même, selon le New York Times, Sushil Gyawali, le directeur de l’Autorité de Reconstruction du pays n’a été officiellement approuvé à son poste que le 26 décembre alors qu’il a été nommé en août. Presque huit mois après les tremblements de terre…

Où en est le tourisme ?

Les bonnes années, le Népal accueillait plus de 800.000 touristes étrangers dont 25.000 Français. Le pays en tirait avant le séisme près de 410 millions d’euros de recettes, environ 2 % du PIB du pays. Cette année, le gouvernement népalais s’attend à une baisse de 50 % de la fréquentation touristique.

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Chez Allibert Trekking, le directeur général Frédéric Giroir a, lui aussi, constaté cette tendance : « Avant le séisme, en 2014, nous avions 600 voyageurs par an. En 2015, nous serons à 300 et pour 2016 nous prévoyons 200 voyageurs. » Pour le tour-opérateur l’explication tient dans « la médiatisation des séismes d’avril 2015. Nous étions en pleine saison, ces images se sont imprimées dans les esprits. La demande mettra probablement un ou deux ans à revenir à la normale. »

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Lionel Habasque, PDG de Terres d’Aventure, l’un des principaux tour-opérateurs français vers le Népal, a constaté la même chute de son nombre de clients. « Les gens pensent que le pays est toujours inaccessible alors qu’il n’y a que  la vallée de Langtang encore fermée, déplore-t-il. Sa société fait vivre 700 Népalais : cuisiniers, sherpas, guides… « C’est tout le paradoxe, explique-t-il. À cause de la corruption et de la lenteur du gouvernement la reconstruction prend du retard, mais les sentiers et les refuges de l’Annapurna, de l’Everest sont praticables et accessibles ». Pour l’instant, Terres d’Aventure n’a pas constaté une reprise des voyages vers le Népal. « C’est une situation un peu triste car dans notre métier le Népal est un mythe. Le trek commence par le Népal. »