Attentats de Bruxelles: Un mois après, où en est l'enquête?

TERRORISME Les enquêteurs belges ont fait des avancées décisives au cours des dernières semaines...

Florence Floux

— 

Montage d'un portrait d'archives non daté et d'une capture d'écran d'une video de surveilance à l'aéroport de Bruxelles, de Mohamed Abrini
Montage d'un portrait d'archives non daté et d'une capture d'écran d'une video de surveilance à l'aéroport de Bruxelles, de Mohamed Abrini — HO BELGIAN FEDERAL POLICE

Le 22 mars, à 7h58, deux hommes se faisaient exploser à l’aéroport de Zaventem, à Bruxelles, tuant 14 personnes. Près d’une heure plus tard, c’était au tour de la station de métro Maelbeek d’être le théâtre d’une attaque terroriste qui faisait une vingtaine de morts. En un mois, la Belgique a considérablement progressé dans son enquête sur ces attentats revendiqués par Daesh.

>> A lire aussi : Attentats de Bruxelles: De l’explosion à Zaventem aux images des suspects, le fil de la journée

En parvenant à identifier rapidement les trois kamikazes des attaques, les enquêteurs ont pu reconstituer les liens entre les commandos. Najim Laachraoui et Ibrahim El-Bakraoui ont très vite été reconnus comme les terroristes de Zaventem, sur les images de vidéosurveillance de l’aéroport. Le troisième individu, dit « homme au chapeau », qui a pris la fuite avant les explosions, a mis davantage de temps à être identifié.

« L’homme au chapeau » identifié

Il s’agirait, selon ses déclarations en garde à vue, de Mohamed Abrini, arrêté par la police belge le 8 avril à Anderlecht. Abrini était déjà recherché par la police dans le cadre des attentats du 13 novembre. Des images de vidéosurveillance le montrent en compagnie de Salah Abdeslam, principal suspect des attaques parisiennes, deux jours avant le 13 novembre, dans la Clio qui a servi à convoyer les kamikazes du Stade de France.

Si Mohamed Abrini reconnaît être l'« homme au chapeau », il minimise son implication dans les attentats qui ont endeuillé Bruxelles. D’après lui, il aurait dû lui aussi se faire sauter à l’aéroport, mais aurait renoncé au dernier moment avant de prendre la fuite. Toujours d’après ses déclarations auprès des enquêteurs, il aurait jeté sa veste dans une poubelle et revendu son chapeau… Il se trouve actuellement en détention provisoire, a été transféré il y a peu à la prison de Bruges et a été inculpé pour « assassinats terroristes ».

Les kamikazes des attentats de l'aéroport de Bruxelles, à gauche et Mohamed Abrini, selon ses dires.
Les kamikazes des attentats de l'aéroport de Bruxelles, à gauche et Mohamed Abrini, selon ses dires. - POLICE BELGE

Mohamed Abrini se trouvait en compagnie d’un autre suspect, lors de son interpellation à Anderlecht : Osama Krayem. Lui aussi arrêté, ce Suédois était connu des enquêteurs sous la fausse identité de Naïm Al-Hamed. Ses empreintes avaient été retrouvées dans l’appartement de Schaerbeek d’où les kamikazes de l’aéroport de Zaventem, Ibrahim El Bakraoui et Najim Laachraoui, étaient partis le 22 mars. Osama Krayem figure également sur les images de vidéosurveillance du métro bruxellois, sur lesquelles on le voit en compagnie du kamikaze de la station Maelbeek, Khalid El Bakraoui.

Il est soupçonné d’avoir acheté les sacs qui ont servi aux attentats en Belgique. L’avocat de Krayem affirme qu’il aurait lui aussi renoncé à se faire exploser au dernier moment. Le sac à dos qu’il portait ce jour-là et que l’on aperçoit sur les vidéos n’a toujours pas été retrouvé par les enquêteurs. Osama Krayem a lui aussi été inculpé d'« assassinats terroristes ».

Six personnes inculpées

En plus d’Abrini et de Krayem, d’autres suspects ont été interpellés au cours de ces dernières semaines. Hervé B. M. et Bilal El Makhoukhi deux amis d’enfance, arrêtés eux aussi le 8 avril, ont tout deux été inculpés pour participation aux activités d’un groupe terroriste et complicité d’assassinats terroristes. Ils sont soupçonnés d’avoir aidé Mohamed Abrini et Osama Krayem. Bilal El Makhoukhi, parti faire le djihad en Syrie et condamné à 5 ans de prison pour son implication dans l’organisation Sharia4Belgium - dissoute en 2012 - clame son innocence.

Selon La Dernière heure, il serait suspecté d’avoir été chargé par le commanditaire syrien des attaques de récupérer et transporter un « colis » après les attentats de Bruxelles. De son côté, Hervé B. M. est soupçonné d’avoir logé Mohamed Abrini pendant sa cavale. Deux frères ont également été arrêtés par les enquêteurs belges et inculpés pour complicité. Ils auraient « nettoyé » une des planques des kamikazes du 22 mars située à Etterbeek, perquisitionnée le 9 avril. Les investigations dans l’appartement n’ont rien donné.

Le rôle des frères El Bakraoui

L’enquête a aussi permis de clarifier les rôles de chacun des membres de la cellule franco-belge. Najim Laachraoui a ainsi été identifié comme l’artificier des attaques de Bruxelles - et Paris. Des traces ADN de ce diplômé en électronique ont été retrouvées sur du matériel explosif dans l’appartement de Schaerbeek où ont été confectionnées des ceintures explosives utilisées par les kamikazes.

Najim Laachraoui, l'un des kamikazes de Bruxelles.
Najim Laachraoui, l'un des kamikazes de Bruxelles. - HO / BELGIAN FEDERAL POLICE / AFP

 

Quant aux frères El Bakraoui, ils sont décrits par Mohamed Abrini, mais aussi par le magazine de Daesh Dabiq comme les cerveaux des attentats de Bruxelles. D’après la revue anglophone, Ibrahim et Khalid, qui se seraient radicalisés en prison, seraient en fait à l’origine des attentats de Bruxelles et de Paris.

Montage photo. Les frères El Bakraoui. A droite, Ibrahim. A gauche, Khalid.
Montage photo. Les frères El Bakraoui. A droite, Ibrahim. A gauche, Khalid. - AFP Interpol / AFP

Ce sont eux qui auraient « commencé à rassembler les armes », « acheter les explosifs », « élaborer les plans », qui serviront aux attentats de Paris puis de Bruxelles, en mars. « Tous les préparatifs pour les raids de Paris et de Bruxelles ont commencé avec lui et son frère aîné Ibrahim », résume ainsi Daesh dans un texte non signé.

Les investigations se poursuivent pour établir d’éventuelles complicités.