Comment la Belgique a renforcé son arsenal sécuritaire après les attentats

SÉCURITÉ Après avoir été taxées de laxisme au lendemain des attentats de Paris en novembre, puis de ceux de Bruxelles en mars, les autorités belges sont-elles en train d’opérer un tour de vis sécuritaire ?

Laure Cometti
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Après les attentats du 22 mars 2016 à Bruxelles, 300 soldats supplémentaires ont été déployés dans la capitale belge. Ici, deux soldats patrouilles place de la Bourse, le 27 mars 2016.
Après les attentats du 22 mars 2016 à Bruxelles, 300 soldats supplémentaires ont été déployés dans la capitale belge. Ici, deux soldats patrouilles place de la Bourse, le 27 mars 2016. — Geert Vanden Wijngaert/AP/SIPA

Un millier de personnes ont participé ce dimanche à Bruxelles à une « marche contre la terreur et la haine » placée sous très haute surveillance, avec interdiction des sacs à dos. La semaine qui s’achève a aussi été marquée par un durcissement du ton politique sur les dossiers liés à la sécurité et au terrorisme avec la démission de la ministre des transports au cœur d’une polémique sur la sécurité dans les aéroports belges. Après avoir été taxées de laxisme au lendemain des attentats de Paris en novembre, puis de ceux de Bruxelles en mars, les autorités belges sont-elles en train d’opérer un tour de vis sécuritaire ?

« Il y a eu un changement de culture après la tuerie du musée juif »

La marche organisée ce dimanche dans la capitale belge, issue d’une initiative citoyenne relayée par plus d’une centaine d’associations, devait initialement se tenir le 27 mars, cinq jours après les attentats, mais elle avait été reportée. Pour assurer la sécurité des participants, les autorités ont prévu, outre un important dispositif policier et militaire, d’interdire les sacs. Cette mesure est « un classique depuis les attentats de Paris et de Bruxelles », observe Michaël Dantinne, professeur de criminologie à l’université de Liège. Elle n’est d’ailleurs pas inédite, puisqu’elle était déjà utilisée ponctuellement, par exemple dans les stades de football à l’occasion de certains matches, rappelle le chercheur.

Pour Marc Cools, premier Echevin à la commune bruxelloise d’Uccle et président de l’Association de la Ville et des Communes Bruxelloises, « un net tour de vis sécuritaire a eu lieu après les attentats de Paris en novembre ». Dans la foulée, le Premier ministre Charles Michel avait annoncé que 400 millions d’euros supplémentaires seraient alloués au budget de la sécurité. Les patrouilles policières et militaires déployées à Bruxelles après les attentats du 13 novembre ont toutefois été renforcées après le 22 mars. Ainsi, le nombre de soldats déployés dans la capitale est passé le 11 avril dernier de 1.500 à 1.800. L’adjoint au maire estime qu'« il y a eu un changement de culture en Belgique après la tuerie du musée juif [en mai 2014]. Désormais la prudence est de mise partout, dans les écoles, les crèches, or ce n’était pas le cas avant ».

De nouveaux outils pour la police et la justice belges

Outre ce renforcement sécuritaire - « dont on ignore encore s’il peut s’inscrire sur le long terme », souligne Michaël Dantinne -, le gouvernement belge veut doter l’Etat d’un arsenal de mesures pénales pour lutter contre le terrorisme. L’allongement de la durée de la garde à vue et l’autorisation des perquisitions de nuit sont notamment au menu. « Certaines mesures étaient déjà dans les cartons, les attentats ont précipité leur adoption, un peu comme pour le PNR [le registre européen des données des passagers aériens] », explique le criminologue.

La marche survient le même jour que la désignation du nouveau ministre des Transports et de la mobilité après la démission de Jacqueline Galant, accusée d’avoir nié avoir reçu en 2015 un rapport de la Commission européenne soulignant des défaillances en matières de sécurité dans les aéroports belges. Pour Michaël Dantinne, la démission de Jacqueline Galant, « déjà sur la sellette pour d’autres affaires », relève d’abord de la sanction politique et n’équivaut pas forcément à un aveu de défaillance sécuritaire. Reste que ce dossier, très sensible après le 22 mars, lui aura coûté son poste.

La phase de deuil semble bel et bien terminée dans le plat pays, après les déclarations controversées du ministre de l’Intérieur Jan Jambon, qui a affirmé que la politique d’intégration des étrangers en Belgique avait échoué, y voyant pour preuve le fait qu'« une partie significative de la communauté musulmane a dansé à l’occasion des attentats ». Pour certains observateurs, le nationaliste flamand surfe sur l’actualité à des fins électorales. « Le débat sur les mécanismes producteurs de radicalisation mériterait pourtant d’être posé », regrette Michaël Dantinne. Mais il fait apparemment moins consensus que la réponse sécuritaire.