François Hollande en Égypte: Les droits de l'Homme, grands oubliés de la visite?

DIPLOMATIE Plusieurs ONG alertent le chef de l'Etat français sur la question des droits de l'homme...

T.L.G.
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Le président François Hollande et son homolgue égyptien Abdel Fatah al-Sissi le 24 jnavier 2015 à Ryad
Le président François Hollande et son homolgue égyptien Abdel Fatah al-Sissi le 24 jnavier 2015 à Ryad — Yoan Valat Pool

François Hollande poursuit sa tournée au Moyen-Orient. Après une visite au Liban, le président arrive dimanche au Caire en Egypte. Le chef de l’Etat, accompagné de la ministre de la Culture Audrey Azoulay et du ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, sera accueilli par le président Abdel Fatah al-Sissi dans l’après-midi.

« Nous espérons également que des contrats puissent être signés »

Au Liban, François Hollande s’est concentré sur la crise des réfugiés syriens en promettant une aide militaire ainsi que 100 millions d’euros pour soutenir le pays. En Egypte, la tournée présidentielle devrait davantage se concentrer sur les partenariats économiques entre les deux pays. « Nous voulons faire de cette visite un atout pour nos entreprises. Nous espérons également que des contrats puissent être signés, même si rien n’est encore sûr », assure une source diplomatique.

Une quinzaine de PME et une quinzaine de grandes entreprises font partie de la délégation française. La visite du chef de l’Etat français au Caire sera l’occasion de « poursuivre les accords bilatéraux entre les deux pays » sur l’ensemble des grands dossiers régionaux : la crise libyenne et la lutte contre le terrorisme (même si l’Egypte ne fait pas partie de la coalition internationale contre l’Etat islamique). Le conflit israélo-palestinien devrait être également au cœur des entretiens entre les deux présidents.

Les ONG dénoncent le « silence étourdissant » sur les droits de l’homme

Pendant ces deux jours, François Hollande n’échappera pas à la question des droits de l’homme. Son déplacement a déjà suscité les critiques de plusieurs ONG, qui dénoncent le « silence étourdissant » de Paris sur les violations des droits humains par le régime du président Abdel Fattah al-Sissi. « On attend que François Hollande prenne la parole sur la situation des droits de l’Homme au moment où le pays connaît une répression inédite dans son histoire moderne », assure Nicolas Krameyer, responsable du programme Libertés chez Amnesty International. Selon l’ONG, le régime a emprisonné 40.000 opposants depuis le renversement du président Morsi et des centaines de personnes auraient été condamnées à morts « après des procès inéquitables ».

Amnesty International, Human Rights Watch, la Ligue des droits de l’Homme, et la Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH) ont rencontré mardi le conseiller diplomatique de l’Elysée. « Nous avons demandé que les droits humains soient au cœur des discussions avec le président Al-Sissi. François Hollande ne peut pas détourner le regard d’une répression sans nom pour des raisons économiques », indique Nicolas Krameyer.

L’affaire Eric Lang évoquée ?

Le cas d’Eric Lang, un enseignant français battu à mort en 2013 dans un commissariat de police du Caire, a également été évoqué. Les ONG ont donné la parole à sa mère, qui doute de la thèse officielle selon laquelle il a été tué par ses codétenus. Nicole Prost accuse le ministère français des Affaires étrangères de ne pas avoir défendu son fils et de traîner les pieds pour faire la lumière sur son décès. « On ne sait pas ce que la diplomatie française a fait. Elle a déclaré qu’elle suivait de près le dossier mais le silence contraste avec la réaction du gouvernement italien, qui a rappelé son ambassadeur suite à la mort de l’étudiant Giulio Regeni », indique Nicolas Krameyer.

Une source diplomatique française indique que « la question des droits de l’homme est une grande préoccupation » pour François Hollande, qui entend porter sur ces sujets des « messages » de façon « discrète et efficace ».