Le PNR, un outil efficace pour lutter contre le terrorisme?

SÉCURITÉ Le Parlement européen a adopté ce jeudi le Passenger Name Record ou PNR, un outil qui doit permettre de repérer et de suivre les déplacements aériens de potentiels terroristes…

Laure Cometti

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Des passagers à l'aéroport de Munich (Allemagne), le 9 novembre 2015.
Des passagers à l'aéroport de Munich (Allemagne), le 9 novembre 2015. — Matthias Schrader/AP/SIPA

Après cinq ans de débats, l’Europe, endeuillée par les attentats de Paris et Bruxelles, a décidé de se doter d’un registre européen des données des passagers aériens, dit PNR (pour Passenger Name Record). Ce registre doit permettre de tracer les itinéraires aériens des terroristes potentiels à l’entrée et à la sortie de l’Union européenne, ainsi que sur les vols intérieurs.

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Les compagnies aériennes auront désormais l’obligation de transmettre un certain nombre d’informations sur leurs passagers aux Etats membres de l’UE. Quel rôle va jouer le PNR dans la lutte contre le terrorisme ? Pour de nombreux observateurs, cet outil peut être efficace mais il ne s’agit pas d’un remède miracle.

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Le PNR est « un premier pas très important »

Le PNR doit en théorie permettre de repérer et de suivre des passagers au profil « dangereux ». En recoupant les informations transmises par les compagnies - 24 à 48 heures avant le vol et à la clôture du vol -, les services de sécurité pourraient identifier des individus suspects. « Dans ce cas, soit on leur interdit de monter à bord de l’avion et d’entrer sur le territoire, soit on les laisse venir, on les interpelle à leur arrivée dans le cadre d’une procédure judiciaire, ou on les prend en filature », envisageait l’ancien sous-directeur chargé de la lutte contre le terrorisme à la DST, Louis Caprioli, à l’antenne d’Europe 1 le 4 mars dernier.

Avec l’adoption du PNR, l’UE « enclenche une nouvelle logique » de la lutte antiterroriste, estime Jean-Charles Brisard, président du Centre d’Analyse du Terrorisme, interrogé par 20 Minutes. Si le PNR est selon lui « une mesure importante mais pas suffisante », il s’agit « d’un premier pas très important » qui tend « vers un échange d’information systématique, automatique, en temps réel ».

« Anticiper les déplacements de potentiels terroristes »

A plusieurs reprises, les autorités des Etats membres ont été mises au courant trop tard des déplacements de personnes liées à des réseaux terroristes. Medhi Nemmouche, le suspect de la tuerie de Bruxelles, a pu atterrir le 18 mars 2014 à l’aéroport de Francfort, de retour de Syrie, deux mois avant l’attaque du musée juif qui a fait 4 victimes. « S’il y avait eu le PNR, la DGSI aurait été informée en amont », estime Louis Caprioli. « Bien sûr, le PNR ne va pas arrêter le terrorisme, mais on va éviter des massacres ».

Dans le sens inverse, Hayat Boumeddiene a pu s’envoler pour la Turquie depuis Madrid, une semaine avant que son compagnon Amédy Coulibaly ne tue neuf personnes lors de la prise d’otages de l’HyperCacher de la porte de Vincennes. « Cette capacité de tracer ces individus nous a manqué », constate Jean-Charles Brisard. « Le PNR va permettre de mieux anticiper ces déplacements ».

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« Rien n’oblige les services de renseignements à s’échanger ces informations »

Le dispositif européen de lutte antiterroriste comporte néanmoins de sérieuses lacunes. « Il faudrait étendre ce registre à d’autres types de déplacements, ferroviaires et routiers, car de moins en moins de djihadistes se déplacent en avion », note Jean-Charles Brisard. « Les terroristes des attentats de Bruxelles n’ont pas pris l’avion pour retourner de Syrie en Belgique », abonde Pierre Berthelet, enseignant-chercheur en sécurité à Sciences-Po Lille, qui souligne un autre écueil potentiel. « Le PNR ne résout pas le manque de coopération entre Etats membres. Rien n’oblige les services de renseignements à s’échanger ces informations ». Il manque « un fichier commun européen des djihadistes », observe également Jean-Charles Brisard.

« Le PNR permet la collecte massive de données, mais a-t-on les moyens humains et financiers de les analyser ? », s’interroge par ailleurs Pierre Berthelet. En attendant, les Etats membres ont désormais deux ans pour transposer la directive dans leurs législations nationales.