Argentine: l'ex-présidente Kirchner face à la justice, ses partisans mobilisés en masse

© 2016 AFP

— 

L'ex-présidente argentine Cristina Fernandez de Kirchner salue ses supporteurs après un discours devant le tribunal fédéral de Buenos Aires le 13 avril 2016
L'ex-présidente argentine Cristina Fernandez de Kirchner salue ses supporteurs après un discours devant le tribunal fédéral de Buenos Aires le 13 avril 2016 — Juan Mabromata AFP

L'ex-présidente argentine Cristina Kirchner a transformé en tribune politique une convocation devant un juge pour une affaire économique, haranguant des dizaines de milliers de partisans devant le tribunal.

Alors qu'une rumeur courait qu'elle pourrait être placée en détention, Mme Kirchner est sortie libre du tribunal de Comodoro Py, dans le centre Buenos Aires, et a récusé le juge Claudio Bonadio, qui l'avait citée à comparaître.

Cristina Kirchner, 63 ans, en retrait de la vie politique depuis décembre et la fin de son mandat, dans son fief de Patagonie, a profité de la convocation judiciaire pour reprendre sa place sur l'échiquier politique argentin, dénonçant la «partialité» de la justice et la politique économique du gouvernement du président de centre-droit Mauricio Macri qui lui a succédé.

«Soyez tranquilles, ils peuvent me convoquer, vingt fois, me mettre en prison, mais ils ne me feront pas taire», a dit Cristina Kirchner, perchée sur une estrade devant le tribunal, à des dizaines de milliers de partisans.

Pendant son discours qui a duré plus d'une heure, elle a appelé à la création d'un «grand front citoyen», incluant les syndicats.

Peu avant 10h00 (13h00 GMT), Mme Kirchner s'est présentée au tribunal. Selon le journal Clarin, elle a traité le juge d'«incompétent» et a refusé de répondre à ses questions. Lors de l'audition, elle a présenté un écrit dans lequel elle relève «un exercice abusif du pouvoir judiciaire» dans ce dossier.

Le gouvernement se défend de toute ingérence dans les affaires judiciaires. «L'impunité, c'est terminé. Nous sommes tous égaux devant la loi», avait souligné la veille le nouveau président Mauricio Macri.

Malgré une pluie battante, des militants d'organisations pro-Kirchner ou de partisans des douze ans de gestion de Nestor et Cristina Kirchner (2003-2015) s'étaient déplacés pour lui réaffirmer leur soutien. «Cristina, si tu vas en prison, j'irai en prison avec toi», disait une pancarte tenue par une manifestante.

«Nous la soutenons pour que le président (Mauricio Macri) se souvienne qu'il a gagné il y a quatre mois avec seulement 51% des voix, promettant une révolution dans la joie et de réduire la pauvreté. Et quatre mois plus tard, la pauvreté a augmenté», témoigne Adriana Gonzalez, une enseignante de 56 ans, venue avec son mari.

Depuis le début de son mandat, Mauricio Macri a lancé diverses réformes économiques visant à replacer l'Argentine sur les rails de l'économie internationale, engagé des mesures d'austérité et conclu un accord sur la dette héritée de la crise économique de 2001.

- Deuxième mise en cause -

Avant Mme Kirchner, l'ancien ministre de l'Economie de 2013 à 2015, Axel Kicillof, et l'ancien président de la Banque centrale, Alejandro Vanoli, ont été entendus par le juge Claudio Bonadio, chargé d'instruire ce dossier qui concerne une opération de spéculation sur les taux de change menée par la Banque centrale dans les derniers mois du mandat de Mme Kirchner.

Aux accusations, elle répond que l'action de la banque centrale a été conforme à sa mission «de préserver la stabilité monétaire, financière, l'emploi, le développement économique avec une équité sociale».

D'après le gouvernement actuel, qui était dans l'opposition à l'époque, l'opération a fait perdre des centaines de millions de dollars à la 3e économie d'Amérique latine.

Outre la convocation de mercredi, Mme Kirchner est citée dans un dossier de corruption, une affaire de détournements de fonds vers la Suisse en passant par des paradis fiscaux, impliquant des piliers du système Kirchner.

Samedi, un procureur a demandé l'ouverture d'une procédure contre elle pour blanchiment d'argent.

Mme Kirchner, comme son mari Nestor et leur ex-ministre de la Planification Julio De Vido, a été mise en cause par un prévenu, le comptable Leonardo Farina, dans un dossier dont le premier détenu de poids est l'homme d'affaires Lazaro Baez, qui s'est considérablement enrichi pendant les années Kirchner.

Mme Kirchner ne bénéficie d'aucune immunité depuis qu'elle a quitté le pouvoir en décembre, après deux mandats consécutifs.