Brésil: Une commission recommande la destitution de Dilma Roussef

SCANDALE En fin de semaine, ce sont les députés qui vont se pencher sur son cas....

20 Minutes avec AFP

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La présidente du Brésil Dilma Rousseff, à Brazilia le 2 décembre 2015.
La présidente du Brésil Dilma Rousseff, à Brazilia le 2 décembre 2015. — Eraldo Peres/AP/SIPA

La situation devient de plus en plus intenable pour la présidente du Brésil Dilma Roussef. Une commission parlementaire a recommandé lundi sa destitution, un revers certes attendu mais inquiétant à quelques jours du vote crucial de l'assemblée plénière des députés.

Formée de 65 députés, la commission spéciale sur l'impeachment de l'impopulaire dirigeante de gauche a approuvé à la majorité de ses membres un rapport non contraignant préconisant aux députés de voter la poursuite du processus de destitution devant le Sénat, qui aurait le dernier mot. Au terme d'une séance houleuse de 11 heures ponctuée d'invectives et d'insultes, 38 députés de cette commission ont voté pour la poursuite du processus de destitution, et 27 contre. Le rapport de la commission spéciale sera soumis à partir de vendredi à la Chambre des députés, dont le vote pourrait intervenir dimanche ou lundi prochains.

Une très longue procédure

Pour que la procédure se poursuive, un vote de deux tiers des députés (342 sur 513) est nécessaire. Si ce n'est pas le cas, elle sera définitivement enterrée. Si la procédure franchit ce cap, le Sénat devra ensuite approuver à la majorité simple la mise en accusation de la présidente, qui serait alors écartée du pouvoir pendant un délai maximum de 180 jours, en attendant un vote définitif sur sa destitution nécessitant les deux tiers des suffrages des sénateurs.

Dilma Rousseff, 68 ans, est accusée par l'opposition de maquillage des comptes publics en 2014, année de sa réélection, et en 2015, pour minimiser l'ampleur des déficits publics du géant émergent d'Amérique latine en pleine récession. Elle se défend d'avoir commis un quelconque «crime de responsabilité» justifiant sa destitution, et dénonce une tentative de «coup d'État institutionnel». Selon un décompte effectué chaque jour par le quotidien Estado de Sao Paulo, 290 députés étaient favorables dimanche à la destitution, 115 contre, 61 indécis et 47 ne voulaient pas se prononcer.

Lula en embuscade

L'ex-président Lula dirige depuis un hôtel de Brasilia d'intenses négociations pour convaincre des partis de centre-droit de voter contre la destitution, en leur promettant des ministères ou des postes dans la grosse machine gouvernementale brésilienne. Sa nomination mi-mars au gouvernement comme chef de cabinet (quasi-Premier ministre) a été suspendue par la justice en attendant une décision finale du Tribunal suprême fédéral le 20 avril. Jeudi dernier, le procureur général Rodrigo Janot a recommandé au STF d'annuler son entrée au gouvernement, estimant qu'il s'agissait d'un subterfuge pour le faire échapper à la justice ordinaire.

Lula conserve l'espoir d'entrer au gouvernement, dont il deviendrait l'homme fort, en vue d'une possible candidature à la présidentielle de 2018. Selon un sondage publié ce weekend par l'institut Datafolha, il arriverait en tête du premier tour d'une élection présidentielle avec 21% des suffrages.