Pourquoi la convention républicaine pourrait être aussi sanglante que «Game of Thrones»

ETATS-UNIS Si personne n'atteint la majorité, tout peut arriver...

Philippe Berry

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Photomontage des candidats républicains Donald Trump, John Kasich, Ted Cruz.
Photomontage des candidats républicains Donald Trump, John Kasich, Ted Cruz. — PHOTOS SIPA / MONTAGE «20 MINUTES»

La bataille de Cleveland a déjà commencé. Du 18 au 21 juillet, les républicains vont officiellement désigner leur champion lors de la convention de leur parti. Et pour la première fois depuis 1952, elle pourrait être « ouverte » (une « brokered convention »), sans aucun candidat majoritaire. Comme dans le « red wedding » de Game of Thrones, cela pourrait se terminer dans un bain de sang.

Va-t-on vers une convention ouverte ?

C’est du 50/50. Trump a encore besoin d’environ 500 délégués. S’il continue au même rythme, il va sans doute être un peu court. Après sa déconvenue dans le Wisconsin, il semble avoir touché son plafond, alors qu’un électeur républicain sur deux a une opinion négative de lui. Et même s’il parvient au chiffre magique de délégués (1.237, soit la majorité absolue), il peut toujours se faire poignarder dans le dos.

Les délégués peuvent être des traîtres

A une immense majorité, les délégués ne sont pas directement choisis lors de la primaire. Ils sont souvent élus, dans les semaines qui suivent, lors de scrutins locaux. Pour placer ses pions, il faut de l’expérience et une machine de terrain, ce qui fait défaut à Donald Trump. En revanche, Ted Cruz semble exceller à ce jeu tactique. Mais pourquoi dit-on, par exemple dans le Mississippi, que Trump a déjà gagné 25 délégués et Cruz 15 ? Cela signifie simplement qu’au premier tour de vote, à la convention, le Mississippi sera obligé de respecter cette proportion. Mais si personne n’arrive à la majorité, les délégués retrouvent leur liberté pour les tours suivants.

Il y aura 150 délégués rebelles

A qui iront les 171 délégués de Marco Rubio, qui a jeté l’éponge ? Les règles varient d’un Etat à l’autre mais environ la moitié devraient être libres de choisir qui bon leur semble. Quid des trois Etats rebelles (Colorado, Dakota du Nord et Wyoming), qui ne sont « attachés » à aucun candidat ? Au total, il devrait y avoir environ 150 délégués « libres » qui pourraient faire pencher la balance.

Trump pourrait perdre des délégués

Imaginons que Trump arrive à 1.255 délégués. Majorité absolue, passez par la case départ, touchez 200 euros. Ou pas. Le milliardaire a gagné les 50 délégués de la Caroline du Sud. Mais l’Etat a une clause écrite en tout petit : ils ne sont obligés de suivre le verdict populaire que si le candidat s’est engagé à soutenir le champion choisi par la convention. A plusieurs reprises, Trump a menacé de se présenter comme indépendant, estimant qu’il n’était pas traité « justement » par le parti républicain. Du coup, un recours pourrait libérer les 50 délégués. Explication au point suivant.

Les règles peuvent changer à la dernière minute

Un comité de 120 délégués dispose d’un pouvoir immense. David Bateman, professeur assistant de sciences politiques à Cornell University, l’explique à 20 Minutes : « Ce sont des cadres du parti et des partisans des candidats. Ils peuvent changer les règles de la convention » jusqu’au 15 juin, notamment pour déterminer à quel moment des délégués peuvent être libérés, ou le temps entre chaque tour de scrutin pour les tractations. Le rôle du président de la convention – souvent le président de la Chambre, soit l’ancien colistier de Mitt Romney, Paul Ryan, cette année – sera également déterminant.

Si personne ne gagne au premier tour, tout est possible

Là encore, les règles choisies par le comité pèseront lourd. Si Donald Trump ne s’impose pas au premier tour, Ted Cruz, qui a travaillé dans l’ombre pendant des mois, est le favori du second, selon l’expert « data » Nate Silver. John Kasich, qui estime être l’héritier légitime de l’establishement républicain, est loin derrière. Mais en cas d’impasse, il espère pouvoir se poser en rassembleur. Ou être le dernier debout.

Un chevalier noir de dernière minute peut-il émerger ?

Par le passé, en cas de blocage, un « dark horse », un champion de dernière minute, a parfois débarqué au galop. Cela peut-être n’importe qui, y compris une personne qui n’était pas candidat, comme dans la série House of Cards. Certains misent sur Paul Ryan, qui jure n’avoir aucune ambition présidentielle cette année. Mais David Bateman doute de ce scénario rocambolesque : il y a quatre ans, une règle avait été instaurée pour protéger Mitt Romney d’un outsider. Du coup, il faudrait que le comité – soit les partisans des trois candidats encore en course – la révoque, ce qui serait contre leur intérêt.

Et après, le grand déchirement ?

Donald Trump a prévenu que s’il termine tout près de la majorité, et que le parti lui vole la nomination, il y aurait « des révoltes ». Il pourrait alors se présenter en indépendant et offrir la Maison Blanche à Hillary Clinton. A l’inverse, de nombreux conservateurs refusent de voter pour Trump et pourraient soutenir un candidat alternatif. Dans un cas comme dans l’autre, cela provoquerait sans doute l’implosion du parti républicain. Du sang, on vous dit.