Le camp anti-syrien à nouveau frappé

LIBAN Député du Kataëb, Antoine Ghanem a été tué dans un attentat à Beyrouth...

De notre correspondant au Liban, David Hury

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Le député chrétien libanais Antoine Ghanem, tué le 19 septembre dans un attentat à Beyrouth
Le député chrétien libanais Antoine Ghanem, tué le 19 septembre dans un attentat à Beyrouth — Reuters

Une violente détonation a secoué la banlieue est de la capitale libanaise mercredi vers 17h20 (heure locale). Du 4x4 Chevrolet noir visé, les habitants de ce quartier à majorité chrétienne n’ont retrouvé que la plaque d’immatriculation bleue, la couleur des véhicules parlementaires. Sur le boulevard de Sin el-Fil, près du Metropolitan, le plus grand hôtel de Beyrouth, le chaos est total, les vitres des façades alentours ont volé en éclat. En dix minutes, les premières rumeurs et des noms de députés «assassinables» circulent, tous faisant partie de la majorité parlementaire pro-occidentale actuellement en plein bras de fer avec l’opposition menée par le Hezbollah chiite et le mouvement du général Michel Aoun.

La plaque bleue rend son verdict : elle porte le numéro de la voiture d’Antoine Ghanem, 64 ans, avocat et membre du parti Kataëb dirigé par le clan Gemayel. On le dit mort, puis en soins intensifs à l’hôpital. Son décès est confirmé une heure plus tard alors que le bilan fait état d'un total de six morts et de 56 blessés.

La disparition d’Antoine Ghanem intervient après celles de Pierre Gemayel le 21 novembre 2006 et de Walid Eido le 13 juin dernier. A chaque assassinat de député faisant partie de la majorité parlementaire dite «antisyrienne», le décompte macabre se poursuit. Le Parlement libanais compte 128 députés et la majorité du Premier ministre Fouad Siniora ne tient plus qu’à un fil: le siège de Ghanem devenu vacant, elle perdrait son statut de majorité numérique si deux autres députés venaient à disparaître.

Un moment tendu de la vie politique libanaise

Les attentats contre la majorité se succèdent à un rythme soutenu. Et les députés le savent, vivant souvent terrés et ayant pour la plupart envoyé leur famille à l’étranger depuis le début des assassinats au printemps 2005.

Le timing de l’attentat contre Antoine Ghanem n’est pas innocent : le Parlement est censé se réunir mardi prochain, les députés doivent y élire le prochain président de la République pour remplacer le pro-syrien Emile Lahoud. La prorogation du mandat de ce dernier par Damas en septembre 2004 avait constitué l’étincelle de la crise politique profonde dans laquelle le Pays du Cèdre est plongé depuis trois ans.

Ces dernières semaines, plusieurs initiatives locales et étrangères ont tenté de trouver une solution pour que la majorité et l'opposition s’entendent sur le nom du prochain président afin de sortir le pays du marasme. Cet assassinat sera peut-être celui de trop pour un pays aux reins fragiles.

Une longue liste de personnalités antisyriennes visées

- 14 février 2005: L'ancien Premier ministre sunnite Rafic Hariri est tué dans un attentat à Beyrouth, qui fait au total 23 morts, dont le député et ancien ministre Bassel Fleyhane, et 220 blessés.
- 2 juin 2005: Le journaliste antisyrien Samir Kassir est tué dans un attentat à la voiture piégée dans le quartier chrétien d'Achrafieh à Beyrouth.
- 21 juin 2005 : L'ancien secrétaire général du Parti communiste Georges Hawi est tué dans un attentat à la voiture piégée près de son domicile, à Beyrouth.
- 12 juillet 2005: Le ministre de la Défense Elias Murr est blessé dans un attentat à la voiture piégée dans la banlieue nord-est de Beyrouth, qui fait un mort et neuf autres blessés.
- 25 septembre 2005: La journaliste May Chidiac est grièvement blessée dans l'explosion d'une bombe placée dans sa voiture, au nord de Beyrouth.
- 12 décembre 2005: Le député et journaliste chrétien antisyrien Gebrane Tuéni est tué, avec deux de ses proches, dans un attentat à la voiture piégée, près de Beyrouth.
- 5 septembre 2006: Le lieutenant-colonel Samir Chéhadé, un haut responsable de la sécurité lié à l'enquête sur l'assassinat de Hariri, est blessé et quatre de ses gardes du corps sont tués dans un attentat à l'explosif au sud de Beyrouth.
- 21 novembre 2006: Le député antisyrien et ministre de l'Industrie, Pierre Gemayel, est tué par balles à Jdeideh, au nord de Beyrouth.
- 13 juin 2007: Dix morts, dont le député de la majorité parlementaire antisyrienne Walid Eido, dans un attentat sur le front de mer de Beyrouth.