Peine de mort: 1.634 exécutions en 2015, un record lié au trafic de drogue

PEINE CAPITALE Le nombre des exécutions dans le monde a augmenté de plus de 50 % en 2015, un record historique, selon Amnesty International…

Florence Floux

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Une exécution par pendaison en Iran, en 2014.
Une exécution par pendaison en Iran, en 2014. — ARASH KHAMOOSHI / ISNA / AFP

Une année noire. Le rapport d’Amnesty International sur la peine de mort dans le monde qui sort ce mercredi dresse un bilan 2015 catastrophique. Les exécutions ont augmenté de plus de 50 % en un an, du jamais vu depuis 1989, pour atteindre au moins 1634 peines capitales… Et encore, c’est une fois de plus sans compter la Chine, dont le nombre d’exécutions est gardé secret mais qui arriverait en tête du classement funeste des nations qui exécutent le plus (plusieurs milliers par an), note l’ONG.

« De nombreuses exécutions sont liées au trafic de drogue, indique Anne Denis, responsable de la commission pour l’abolition de la peine de mort d’Amnesty. Ce qui va à l’encontre du droit international qui tolère la peine capitale pour les "crimes les plus graves" », estime-t-elle. C’est effectivement le cas de deux des trois pays qui à eux seuls, représentent 90 % des exécutions mondiales (hors Chine évidemment) : l’Iran et l’Arabie saoudite.

La drogue tue aussi les trafiquants

Sur les 977 personnes exécutées en Iran en 2015, 70 % l’ont été pour trafic de stupéfiants. « Le trafic de drogue en Iran n’est pas nouveau, il existe depuis la Révolution. Le pays se situe entre l’Afghanistan et l’Europe, sur la route de la drogue », explique Thierry Coville, spécialiste de l’Iran à l’Iris.

Si le phénomène n’est pas neuf, le contexte a pourtant changé. « Ces dernières années, la crise économique et les sanctions qui ont visé l’Iran sur la question nucléaire ont considérablement affaibli l’économie. Le chômage s’est envolé. La situation s’était un peu améliorée en 2014, mais la chute du cours du pétrole en a remis une couche en 2015, poursuit le chercheur. La pauvreté et la petite délinquance ont augmenté. »

Le facteur géopolitique

L’Arabie saoudite condamne elle aussi à la peine capitale pour des questions de stupéfiants : sur les 158 personnes exécutées en 2015, 64 ont été condamnées pour trafic de drogue. Le pays connaît lui aussi des difficultés économiques liées à la chute du cours du pétrole. Mais les exécutions ne reflètent pas seulement les difficultés sociales. Que soit en Iran ou en Arabie saoudite, la peine de mort peut servir des intérêts politiques.

« C’est pratique la peine de mort, ça permet de se débarrasser de gens gênants ou d’essayer d’affirmer sa force vis-à-vis d’un ennemi », ironise Anne Denis. L’année 2015 a connu un regain de tension entre les deux ennemis jurés que sont ces deux pays séparés par l’Irak. « Certains Kurdes sunnites se voient condamnés à mort côté iranien - pays chiite par excellence - et l’Arabie saoudite exécute des opposants chiites (début 2016)… » constate Anne Denis.

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Côté bonnes nouvelles (car il y en a), on peut retenir que pour la première fois, les pays abolitionnistes (102) deviennent majoritaires. Un basculement que l’on doit à la République du Congo, aux Fidji, à Madagascar et à la Mongolie, qui ont aboli la peine capitale en 2015. Les Etats-Unis se placent à la cinquième place des pays qui exécutent le plus au monde, loin derrière les quatre premiers (Chine, Iran, Pakistan - dont le moratoire a été levé en 2015, Arabie saoudite) avec 28 exécutions contre 35 en 2014. « Plusieurs Etats américains ont actuellement des moratoires sur la peine capitale. De plus en plus de juges et de procureurs affirment que la peine de mort ne fonctionne pas. On avance », reconnaît Anne Denis.