Qui sont les migrants arrivés sans visa en Europe en 2015?

INFOGRAPHIE Visualisez en un clin d’œil le flux et les nationalités des réfugiés arrivés en Europe entre 2010 et 2015…

Anne-Laëtitia Béraud

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Des migrants attendent dans une file pour obtenir de la nourriture à la frontière grecque Idomeni, le 4 avril 2016.
Des migrants attendent dans une file pour obtenir de la nourriture à la frontière grecque Idomeni, le 4 avril 2016. — Amel Emric/AP/SIPA

Un million de personnes sont entrées sans visa en Europe en 2015. Un chiffre exceptionnel alors qu’en 2014, les entrées irrégulières étaient comptabilisées à 200.000. Philippe Fargues, directeur du Centre sur les politiques migratoires de l’Institut universitaire européen (Florence), analyse dans une étude publiée mercredi par l’Institut national d’études démographiques ( Ined) l’origine de ces migrants. Qui sont-ils ? Quel est le taux d’acceptation des demandes d’asiles suivant les nationalités ? Retrouvez les conclusions de cette étude en un clin d’œil grâce à des infographies…

Les Syriens majoritaires parmi les demandeurs d'asile en 2015

Le sociologue et démographe Philippe Fargues, en étudiant les arrivées en Grèce et en Italie, illustre l’évolution des nationalités des flux de réfugiés entre 2011 et 2015. Les Syriens, qui étaient minoritaires en 2011 (947 entrées), sont ainsi devenus les plus nombreux en 2015 (462.689).

« Les entrées de réfugiés se concentrent de plus en plus sur quelques nationalités, la part de celle la plus représentée s’étant accrue avec le temps. En Grèce la première nationalité (Afghans) représentait 28 % de toutes les entrées en 2011 contre 66 % en 2015 (Syriens) ; en Italie, les proportions étaient de 9 % en 2011 (Nigérians) contre 25 % en 2015 (Erythréens)», relève le démographe.

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Selon le chercheur, « on peut affirmer sans se tromper que les réfugiés représentent la majorité parmi les flux les plus récents, leur proportion parmi les migrants entrés irrégulièrement en Italie et en Grèce étant passée de 33 % à 76 % au cours des cinq dernières années ». C’est pourquoi « l’idée selon laquelle les personnes qui franchissent illégalement les frontières extérieures de l’Europe seraient pour la plupart des migrants économiques déguisés en demandeurs d’asile est de moins en moins crédible », ajoute Philippe Fargues.

Revenant sur la létalité des routes migratoires, et plus particulièrement en Méditerranée, le chercheur Philippe Fargues propose que « des visas soient accordés aux réfugiés dans leurs pays de premier asile avant qu’ils ne tombent dans les mains des passeurs [en Méditerranée]. Au Liban, en Jordanie, en Turquie, etc., les ambassades des pays européens pourraient utiliser les procédures déjà existantes comme les visas humanitaires ou d’asile ».

Cette procédure accroîtrait, selon le chercheur, « la sécurité, non seulement des réfugiés en leur évitant un périple dangereux, mais aussi des États membres de l’Union européenne en permettant de vérifier l’identité des voyageurs avant qu’ils n’atteignent l’Europe. » Il estime encore que les centres d’enregistrement (hotspots) en Grèce et en Italie devraient plutôt être installés dans les pays moyen-orientaux afin de « contribuer à l’élimination du trafic de passeurs à travers la Méditerranée ».