«Panama Papers»: En Islande, le Premier ministre pourrait en être la première victime

MONDE Plus de 10.000 manifestants ont demandé la démission de Sigmundur David Gunnlaugsson...

P.B. avec AFP

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Plus de 10.000 personnes ont réclamé la démission du Premier ministre islandais le 4 avril 2016, après les révélations des «Panama Papers».
Plus de 10.000 personnes ont réclamé la démission du Premier ministre islandais le 4 avril 2016, après les révélations des «Panama Papers». — B.GUNASRSON/SIPA/AP

En Islande, ce n’est pas l’hiver qui arrive mais la saison des règlements de comptes. Empêtré dans le scandale des « Panama Papers », c’est le Premier ministre Sigmundur David Gunnlaugsson en personne qui pourrait bien perdre sa tête, alors que l’opposition de gauche et plusieurs milliers de manifestants ont réclamé sa démission, lundi soir.

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Selon des documents dévoilés par le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), Gunnlaugsson, 41 ans, a créé en 2007 avec sa future épouse une société dans les îles Vierges britanniques, appelée Wintris, pour y parquer des millions de dollars, jusqu’à ce qu’il lui cède ses parts fin 2009 pour un dollar symbolique. Quand il a été élu député pour la première fois en avril 2009, il a omis cette participation dans sa déclaration de patrimoine, alors que la loi l’y obligeait et qu’il avait promis d’en terminer avec les abus du passé. S'il n'est pas prouvé qu'il se soit rendu coupable d’évasion fiscale, sa position est devenue difficilement tenable après les révélations du week-end.

Plus de 10.000 manifestants dans les rues

Selon les chiffres, entre 9.000 et 22.000 personnes sont descendues place Austurvollur, à Reykjavik. C’est plus que lors des manifestations de 2009, en pleine crise financière. Outre les classiques « démission » et « fuck off », on pouvait voir des banderoles « Wintris is coming », en référence à la série Game of Thrones et à la société offshore au cœur du scandale.

Le Premier ministre s’en va en pleine interview

La polémique enfle depuis trois semaines. Alors que les rumeurs courraient, Gunnlaugsson a été interrogé mi-mars par la télévision suédoise sur la société Wintris. Très mal à l’aise, il bafouille et explique que sa femme a vendu des parts et que tout est dans la déclaration d’impôts. Et puis il se lève et met brutalement fin à l’interview. Alors qu’un journaliste lui montre un document portant sa signature, le Premier ministre s’agace : « Qu’est-ce que vous essayez d’inventer, c’est complètement inapproprié. »

Lundi, l’opposition de gauche a appelé à sa démission et une motion de défiance devrait faire l’objet d’un vote dans les prochains jours. L’intéressé, lui a juré dans la soirée qu’il ne démissionnerait pas. Sauf qu’il a déjà perdu le soutien d’un élu de son parti de la ville d’Akureyri. Selon l’analyste Mika Mered, le parti de l’indépendance, qui fait partie de la coalition gouvernementale, pourrait retirer son soutien au Premier ministre ce mardi. Ses jours semblent bel et bien comptés.