Primaire démocrate: A Paris, ils s'engagent pour Bernie Sanders

REPORTAGE Depuis Paris, ils rêvent de Bernie… « 20 Minutes » a rencontré des Français et des Américains expatriés dans l’Hexagone qui soutiennent Bernie Sanders dans la course à l’investiture démocrate…

Laure Cometti

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Flore et Clément, bénévoles français de la campagne du candidat à l'investiture démocrate Bernie Sanders. Lancer le diaporama
Flore et Clément, bénévoles français de la campagne du candidat à l'investiture démocrate Bernie Sanders. — C. Pairot

Ils ont traversé l’Atlantique pour soutenir un homme politique qui était encore inconnu du grand public en France il y a quatre mois, dans une élection pour laquelle ils ne pourront pas voter. L’histoire de Clément et Flore, bénévoles pour la campagne du candidat à la primaire démocrate de Bernie Sanders aux Etats-Unis, a de quoi intriguer. La semaine dernière, une cinquantaine de curieux sont venus les écouter raconter leur expérience dans un français plein d’anglicismes et d’enthousiasme, dans un espace de travail partagé à Paris.

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Début janvier, Clément Pairot et Flore Blondel-Goupil, deux anciens d’Avaaz.org âgés de 26 ans, se sont envolés pour l’Iowa, première étape du processus d’investiture à l’élection présidentielle. Sans expérience en politique, ils sont devenus field organizers. Comprendre : chargés notamment de faire du porte-à-porte dans les rues enneigées de l’Etat pour convaincre les habitants d’aller voter Sanders au caucus. Ce qui leur plaît chez ce sénateur de 73 ans ? « Sa cohérence, répond sans hésiter Clément, qui s’apprête à retourner sur le terrain en avril. Il a toujours affiché son indépendance par rapport à la pensée dominante libérale, il est écolo de la première heure, et il a forcé Hillary Clinton à clarifier ses positions sur des sujets importants comme l’oléoduc Keystone ».

Flore et Clément, bénévoles français de la campagne du candidat à l'investiture démocrate Bernie Sanders.
Flore et Clément, bénévoles français de la campagne du candidat à l'investiture démocrate Bernie Sanders. - C. Pairot

Un comité qui prend de l’ampleur

Deux jours plus tard, le parcours du jeune « Frenchie » force l’admiration d’une quarantaine d’expatriés Américains rassemblés dans l’arrière-salle, comble, d’une galerie d’art du Xe arrondissement pour la réunion de Paris for Bernie 2016. Juste après Londres, Paris est le plus actif des comités de soutiens à l’étranger de Bernie Sanders, souligne avec fierté la coordinatrice Penny Schantz. Pourtant, il y a quelques mois ils étaient à peine une quinzaine, se souvient la jeune Katie, qui vit à Paris depuis deux ans. « Aujourd’hui nous sommes plus de cinquante », sourit-elle.

Katie, membre du comité Paris for Bernie 2016, devant l'Arc de Triomphe à Paris.
Katie, membre du comité Paris for Bernie 2016, devant l'Arc de Triomphe à Paris. - Paris for Bernie 2016

En ouverture de cette réunion, Zachary Miller, président du comité, égrène les derniers scores de Bernie Sanders dans la course à l’investiture démocrate. Le sénateur a emporté 69 % des suffrages de la primaire des démocrates à l’étranger, loin devant sa rivale Hillary Clinton (31 %), qui conserve une longueur d’avance aux Etats-Unis. Un écart que Sanders pourrait rattraper, selon Clément, « car il compense peu à peu son manque de notoriété initial face à Clinton, et car l’électorat démocrate peut lui être plus favorable dans les prochains Etats, surtout en Californie », où 546 délégués seront en jeu le 7 juin.

Infographie : Les primaires démocrates et républicaines aux Etats-Unis.
Infographie : Les primaires démocrates et républicaines aux Etats-Unis. - AFP

Une atmosphère de victoire flotte donc dans l’assemblée qui se rembrunit toutefois à l’évocation du traitement médiatique de la campagne. « Les médias américains mainstream font le jeu de Clinton, ils donnent toujours Sanders perdant », s’emporte un retraité à catogan. « Il y a des années, je soutenais Hillary, mais elle m’a déçue, elle a voté pour la guerre en Irak, contrairement à Bernie », confie Gail Noyer, originaire du Michigan.

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Des technologies pour faire campagne « comme si on y était »

N’est-ce pas trop frustrant pour ces militants de suivre la campagne de l’autre côté de l’Atlantique ? « J’aimerais être en Californie pour la primaire en juin, reconnaît Mark, mais il y a plein d’outils qui nous permettent de nous impliquer comme si on y était ». A ce niveau, l’organisation du comité est bien rodée : on s’échange conseils, outils et vidéos tutoriels pour maîtriser l’art du phonebanking et du facebanking, deux techniques pour faire du démarchage téléphonique et contacter des électeurs via les réseaux sociaux.

Le décalage horaire n’effraie pas ces expatriés d’autant plus motivés que le financement de la campagne du candidat anti-milliardaires bat des records : en mars, 44 millions de dollars (39 millions d’euros) ont été levés (principalement sur Internet), avec un don moyen autour de 27 dollars (24 euros). Cette campagne de micro-financement appuie l’un des arguments des partisans de Bernie Sanders « Il n’est pas financé par des millionnaires, comme Hillary Clinton ou Donald Trump, mais par des petits donateurs », s’enthousiasme Clément. Et l’affaire des mails confidentiels fait peser une épée de Damoclès judiciaire au-dessus d’Hillary Clinton, de quoi nourrir encore l’espoir des partisans de Sanders, qui auront ce mardi les yeux rivés sur la primaire du Wisconsin, où les sondages le donnent gagnant.

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Et s’il ne rattrape pas son retard ? « Est-ce que vous resteriez chez vous le jour de l’élection en novembre, si Hillary Clinton est la candidate démocrate », demande, anxieux l’un des membres de Paris for Bernie 2016. Un ange passe dans l’assistance avant que plusieurs bondissent : « Non, il faudra contrer Trump ». Cette petite seconde de flottement illustre toutefois le schisme au sein du parti démocrate.

Infographie : Bernie Sanders
Infographie : Bernie Sanders - AFP