1992-2016: Les Casques bleus régulièrement accusés de crimes sexuels

ARMEE Du Cambodge à la Centrafrique, « 20 Minutes » revient sur les principaux scandales sexuels ayant impliqué des personnels de l'ONU ces 25 dernières années…

Céline Boff

— 

Un Casque bleu à Bangui le 14 février 2016.
Un Casque bleu à Bangui le 14 février 2016. — ISSOUF SANOGO / AFP

L’horreur, encore. L’ONU vient d’ouvrir une enquête sur des faits de violence sexuelle en Centrafrique : des soldats français de Sangaris et des Casques bleus sont soupçonnés d’avoir abusé de jeunes femmes et notamment de mineures.

>> A lire aussi : L'ONU est-elle impuissante face aux abus sexuels commis par des Casques bleus?

Plus de 600 cas depuis 2008

Ce scandale est loin d’être le premier : des militaires, des policiers mais également des personnels civils de l’ONU sont régulièrement mis en cause dans des affaires d’exploitation et d’abus sexuels. Depuis 2008, plus de 600 cas ont été recensés par les Nations unies elles-mêmes, notamment en Haïti, en République démocratique du Congo ou encore au Liberia. Les principales affaires révélées au cours des trente dernières années se sont déroulées dans 12 pays et apparaissent sur la carte ci-dessous. Attention, la liste n’est pas exhaustive.

Burundi

La guerre civile éclate en 1993 et elle oppose, comme au Rwanda, les Hutus et les Tutsis. Elle durera jusqu’en 2005. En mai 2004, les Nations unies envoient des soldats pour une mission de maintien de la paix, baptisée ONUB. Sept mois plus tard, deux d’entre eux sont suspendus pour « mauvaise conduite sexuelle ». Quatre soldats éthiopiens sont arrêtés pour les mêmes faits.

Cambodge

Les Khmers rouges perdent le pouvoir en 1979 – 40 % de la population civile est décédée pendant leurs quatre années de règne – mais ils poursuivent la guérilla jusqu’aux accords de paix de 1991. APRONUC, la mission de l’ONU, arrive dans le pays en février 1992, elle y restera jusqu’en septembre 1993. Plusieurs de ses soldats sont accusés d’avoir favorisé la prostitution et de s’être livrés à des pratiques criminelles.

Centrafrique

En décembre 2013, alors que la guerre civile a repris depuis un an, une résolution de l’ONU permet à la France d’envoyer des troupes en République centrafricaine. C’est l’opération Sangaris. A partir d’avril 2014, l’ONU déploie également des hommes, c’est la mission Minusca. Selon un document confidentiel qui a fuité, des troupes françaises sont notamment accusées d’exploiter sexuellement des enfants. En 2016, nouveau scandale avec la révélation de plus d’une centaine d’allégations de sévices. Elles auraient été pratiquées entre 2013 et 2015, principalement sur des mineures, par des Casques bleus et des soldats français. Ces derniers auraient notamment forcé des jeunes filles à des actes zoophiles.

Côte d’Ivoire

L’ONU a déployé ses premiers Casques bleus en Côte d’Ivoire en avril 2004 (mission ONUCI). Le premier scandale éclate en juillet 2007 : des soldats du contingent marocain sont accusés d’abus sexuels sur des adolescentes âgées de 14 à 17 ans. Ils sont renvoyés chez eux. En avril 2010, seize Casques bleus béninois sont reconnus coupables d’abus sur mineures. Ils sont rapatriés et exclus de l’armée. En juillet 2010, l’ONG Save the Children découvre que plusieurs filles de moins de seize ans ont consenti à des rapports sexuels avec des Casques bleus en échange de nourriture.

Ex-Yougoslavie

Le territoire a été marqué par plusieurs guerres entre 1991 et 1999, notamment au Kosovo, en Macédoine ou encore en Serbie. En 1999, Kathryn Bolkovac, qui travaille pour l’ONU en Bosnie, révèle que des militaires allemands, jordaniens et pakistanais participent à un trafic de jeunes femmes d’Europe de l’Est, qu’ils réduisent à l’état d’esclaves sexuelles. L’histoire de Kathryn Bolkovac est à l’origine du film The Whistleblower (rebaptisé Seule contre tous en France), sorti en 2011, avec l’actrice Rachel Weisz.

 

Guinée

Alertés par des allégations d’abus sur des réfugiés, le Haut-commissariat aux réfugiés (HCR) et l’association Save the Children commandent un rapport. Rendu public en 2002, il révèle des abus généralisés en Guinée, mais également dans les pays voisins du Libéria et de la Sierra Leone. En fait, des membres du personnel de l’ONU et des organisations humanitaires des camps administrés par l’ONU sont accusés d’avoir forcé des réfugiées et de jeunes enfants à échanger des faveurs sexuelles contre des vivres et des médicaments.

Haïti

Les Casques bleus de la MINUSTAH sont en opération depuis 2004 en Haïti. En 2006, un premier rapport indique que 231 femmes haïtiennes ont eu des relations sexuelles avec des Casques bleus en échange de services ou de biens matériels (chaussures, vêtements, téléphones, ordinateurs portables, parfums). En 2008, des soldats sont accusés d’abus sexuels sur les enfants. En septembre 2012, nouvelle affaire : des Casques bleus uruguayiens sont filmés en train de violer un jeune homme de 18 ans.

Liberia

En 2002, des membres du personnel de l’ONU et des organisations humanitaires des camps de réfugiés administrés par l’ONU sont accusés d’avoir forcé des réfugiées et de jeunes enfants à échanger des faveurs sexuelles contre des vivres et des médicaments. En 2006, un autre rapport que plus d’une centaine de femmes ont accepté d’avoir des rapports sexuels avec des Casques bleus en échange d’un peu d’argent.

Mali

Les Casques bleus de la Minusma arrivent au Mali en juillet 2013, notamment pour protéger les civils contre les djihadistes. Deux mois plus tard, une femme accuse des Casques bleus tchadiens de l’avoir violée. Quatre d’entre eux sont placés en garde à vue.

République démocratique du Congo (RDC)

Les Casques bleus sont présents dans ce pays depuis 1999. Les premiers abus sexuels se seraient déroulés en décembre 2004 et jusqu’en août 2006 et auraient été perpétrés par des soldats marocains. Ils ont été mis en cause dans 140 cas. Puis en 2008, une centaine de Casques bleus indiens sont soupçonnés d’avoir abusé de jeunes filles et garçons pendant plusieurs années dans le Nord-Kivu. En juillet 2010, la Monusco annonce que deux de ses éléments (un Tunisien et un Indien) se sont rendus coupables d’agressions sexuelles. Enfin, en 2015, 16 cas d’abus sexuels ont été recensés.

Sierra Leone

Un rapport publié en 2002 accuse des membres du personnel de l’ONU et des organisations humanitaires des camps de réfugiés administrés par l’ONU d’avoir forcé des réfugiées et de jeunes enfants à échanger des faveurs sexuelles contre des vivres et des médicaments.

Soudan du Sud

En janvier 2005, un accord de paix vient mettre fin à 21 ans de guerre civile entre la rébellion sudiste et le pouvoir de Khartoum. Deux mois plus tard, les Casques bleus arrivent. Les premiers abus commencent quelques semaines plus tard mais ne seront révélés qu’en janvier 2007, par le quotidien britannique The Daily Telegraph. Son article accuse des personnels civil et militaire de l’Onu d’avoir violé une vingtaine d’enfants et de jeunes adolescents au Sud-Soudan. Certains viols avaient même été filmés.