VIDEO. Etats-Unis: Le discours sexiste de Donald Trump peut-il lui coûter la présidence?

ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE Depuis le début de la campagne pour l’investiture républicaine, le milliardaire multiplie les déclarations sexistes, au risque de se priver d'un électorat qui peut faire basculer l'élection...

Laure Cometti

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Donald Trump tient une pancarte  "Les femmes avec Trump" après une rencontre à Valdosta (Etats-Unis), le 29 février 2016.
Donald Trump tient une pancarte "Les femmes avec Trump" après une rencontre à Valdosta (Etats-Unis), le 29 février 2016. — Andrew Harnik/AP/SIPA

Donald Trump a suggéré mercredi de punir les femmes ayant recours à l’avortement. Le favori des primaires républicaines a eu beau se rétracter, cette déclaration, immédiatement dénoncée par sa rivale démocrate Hillary Clinton, risque d’accentuer le décrochage de l’électorat féminin, crucial pour l’emporter lors de l’élection générale en novembre.

Depuis le début de la campagne pour l’investiture républicaine, le milliardaire égratigne la condition féminine. Les femmes pourraient bien être son talon d’Achille lors de l’élection présidentielle.

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Les femmes représentent 52 à 54% de l'électorat national

Pour Elisabeth Vallet, professeure associée à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), la dernière sortie de Donald Trump sur l’avortement (qui reste un sujet sensible aux Etats-Unis) est « une tentative de rallier les évangélistes de l’électorat de Ted Cruz, avant la primaire du 5 avril au Wisconsin, un Etat plutôt conservateur ». La stratégie du milliardaire « consiste à séduire la base active du parti, les militants les plus motivés et aussi les plus radicalisés à droite », abonde James Cohen, professeur à l’Institut du monde anglophone, Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle.

Une stratégie qui pourrait selon les deux chercheurs lui coûter la présidence des Etats-Unis en novembre, s'il est adoubé en tant que candidat officiel du Grand Old Party à l'issue de la primaire républicaine. « S’attaquer aux musulmans ou aux «hispanos» ne lui coûte pas tant de voix car ces groupes ne votent traditionnellement pas pour les républicains. Mais en assumant d’être fondamentalement sexiste, il joue avec de la kryptonite », estime Elisabeth Vallet. En effet, les femmes représentent 51 % de la population des Etats-Unis, et 53 % de l’électorat « car elles se mobilisent plus ».

Or selon un sondage Reuters/Ipsos réalisé début mars, la moitié des femmes aux Etats-Unis ont une opinion « très défavorable » de Donald Trump, contre 36 % des sondés masculins. Elles étaient 40 % en octobre 2015. C’est ce que la presse américaine appelle le « gender gap de Donald Trump » (l’écart entre les sexes).

Cet écart hommes-femmes n’est par ailleurs pas uniquement imputable à Donald Trump. « Les femmes sont globalement moins enclines que les hommes à voter républicain », rappelle Elisabeth Vallet. « Bush père est le dernier candidat républicain à avoir rallié une majorité de votes féminins. Depuis l’élection de Barack Obama en 2008, le parti républicain est devenu de plus en plus un parti d’hommes blancs en colère », souligne-t-elle.

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D’éventuelles défections parmi les militantes républicaines

Le discours sexiste de Donald Trump dérange au sein de son propre camp. Selon sondage réalisé par NBC et le Wall Street Journal, 47 % des électrices républicaines à la primaire refusent de voter Trump, contre 40 % des électeurs républicains. Il y a deux semaines, un spot de campagne anti-Trump a été diffusé lors d’un Super PAC (comité d’action politique) organisé par des républicains. Face caméra, des femmes déclament les pires saillies misogynes du candidat.

Le Los Angeles Timesestime d’ailleurs qu’Hillary Clinton a une carte à jouer auprès des électrices républicaines, une partie d’entre elles préférant voter pour le camp adverse plutôt que pour un candidat qui néglige les droits des femmes. « C’est un candidat suicidaire pour le parti républicain : s’il obtient l’investiture, les sondages le donnent perdant face à Clinton et encore plus perdant face à Sanders », constate James Cohen.

Une stratégie médiatique ?

Donald Trump est probablement en partie conscient de ces risques. Il est d'ailleurs revenu partiellement sur ses propos sur l'avortement, précisant qu'il faut selon lui punir les médecins qui le pratiquent. 

«Je devais être très dur pour l'emporter», a déclaré le milliardaire sur la chaîne MSNBC pour justifier sa posture. «Je vois que les femmes n'aiment pas cela. Cela va changer», a-t-il ajouté. Donald Trump va-t-il adapter son discours après l'investiture ? «Il a surpris tout le monde à chaque étape de cette campagne», met en garde un ancien cadre du parti démocrate cité dans Los Angeles Times

« S’il fait profil bas dans les prochains mois, il peut espérer grappiller quelques millions de voix, mais c’est un candidat qui sent le soufre. Il aura bien du mal à atténuer son image raciste et sexiste, et il risquerait en plus de perdre des voix au sein de ses soutiens plus conservateurs sur ces questions sociétales », nuance James Cohen.