Attentats à Bruxelles: Comment les Belges ont exprimé leur belgitude

REPORTAGE Fidèle à la parole de son grand Jacques, Bruxelles a continué de brusseler, après les attentats qui l’ont frappé mardi matin, entre contradictions et flegme à toute épreuve…

Florence Floux
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Les Bruxellois se sont réunis place de la Bourse, le 23 mars 2016.
Les Bruxellois se sont réunis place de la Bourse, le 23 mars 2016. — AURORE BELOT / Belga / AFP

De notre envoyée spéciale à Bruxelles,

On le savait déjà, mais les attentats de Bruxelles l’ont pleinement démontré : même s’ils parlent la même langue, les Belges ne sont pas des Français. Alors qu’on pensait revoir des scènes déjà vécues le 13 novembre à Paris, Bruxelles a cultivé sa différence. Ils avaient fait de leur capitale une ville en état de siège après nos attentats mais ont rouvert les gares et le métro dès l’après-midi du 22 mars… en déménageant le match Belgique-Portugal. Quant aux écoles, elles ont repris une activité normale ce mercredi.

Les Français étaient descendus dans la rue le 11 janvier, ils étaient venus déposer en pleurs des fleurs et des petits mots de façon massive sur les lieux des attaques à Paris, au Stade de France, et place de la République, le 14 novembre et les jours suivants. Les Belges eux, se sont un petit peu regroupés place de la Bourse mardi soir, pour allumer des bougies et déposer des messages, dans un recueillement très contenu. Ils étaient plus nombreux ce mercredi à venir chanter « Faites des frites, pas la guerre ».

« On s’y habitue finalement »

Le plus frappant à Bruxelles, ce 22 mars, c’était surtout cette impression de presque normalité : le calme des habitants, leur façon de relativiser. « On savait que ça allait arriver. » Voilà ce qu’on entendait beaucoup mardi. Et ce mercredi encore. Leur flegme n’enlève évidemment rien à leur tristesse, mais il peut surprendre des Français.

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Ce mercredi matin, à Schaerbeek, les riverains qui n’avaient pas pu rentrer chez eux à cause des perquisitions qui ont duré toute la nuit, se montraient philosophes : « On s’y habitue finalement », confiait Gabriel. Des engins explosifs et un drapeau de Daesh ont pourtant été découverts au cours des fouilles… Où que l’on aille, quelle que soit la personne à qui l’on pose la question, jamais la colère ne transparaît.

Passer à autre chose

« J’espère juste que maintenant qu’ils nous ont frappés, ils vont s’en prendre à quelqu’un d’autre, vu qu’ils attaquent tout le monde. Nous savions que ça allait bientôt être notre tour. C’est fait », constate une vendeuse d’un magasin de vêtements du centre-ville.

Dans les rues, les gens sont revenus. Les files d’attente qui se multiplient devant les stations de métro où des fouilles ont lieu ne semblent avoir dissuadé personne de sortir. Aller travailler, emmener les enfants à l’école, faire du shopping ou prendre un café… Les Belges sont bien aux rendez-vous qu’ils se sont eux-mêmes fixés.

Ça coule de source

Quand on demande aux parents s’ils ont hésité à reconduire leur progéniture à l’école dès le lendemain des attentats, les regards sont surpris. « Non, en plus ils vont pouvoir parler de tout ça à l’école, c’est bien », explique Abderrahman. Tout a l’air de couler de source. Si des militaires et des policiers en armes ne patrouillaient pas à tous les coins de rue, on pourrait même douter que des événements tragiques se soient déroulés à Bruxelles mardi.

Pour la vendeuse du centre-ville, il n’y a pourtant pas de mystère. « Les autres ne comprennent pas qu’on ait tout fermé après les attentats parisiens, et que nous rouvrions tout cette fois alors qu’on a été touchés chez nous. Mais c’est simple : il faut montrer qu’on n’a pas peur, que la vie continue. »