Attentats à Bruxelles: A Schaerbeek, où la police a découvert des explosifs, «on tremble de l'intérieur»

REPORTAGE Une perquisition a mis à jour des engins explosifs et un drapeau de Daesh, mardi soir, après les attentats de Bruxelles, dans un quartier tranquille de Schaerbeek...

Florence Floux

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Cet immeuble de la rue Max Roos, à Schaerbeek, a été perquisitionné le 22 mars 2016.
Cet immeuble de la rue Max Roos, à Schaerbeek, a été perquisitionné le 22 mars 2016. — F.FLOUX/20MINUTES

De notre envoyée spéciale à Bruxelles,

Les journalistes ont remplacé les policiers. Ce mercredi matin, rue Max Roos, à Schaerbeek, la presse du monde entier est encore présente pour interroger les riverains après la perquisition qui a eu lieu et lors de laquelle des explosifs ont été retrouvés. Dans ce quartier tranquille, la stupeur règne.

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« C’est très étrange de se dire que des explosifs ont été trouvés dans sa rue. Je vais avoir besoin de quelques jours pour digérer tout ça », explique Joke, une jeune Flamande.

« C’est terrible mais on s’habitue finalement »

Mardi soir, les policiers n’avaient pris aucun risque : hélicoptères, drone, snipers… Arrivées sur les lieux vers 11h, les forces de l’ordre ont bouclé tout le quartier, empêchant les riverains de sortir. « Je n’ai pas pu rentrer chez moi, j’ai dormi chez un ami. Ma copine elle est restée bloquée chez elle toute la journée. C’est terrible mais on s’habitue finalement. Ces gens-là sont partout, comme la mafia », philosophie Gabriel, un habitant de la rue.

Abderrahman lui, n’a pas dormi de la nuit. Bloqué chez lui avec ses trois enfants, il s’inquiétait pour sa femme, qui ne pouvait pas regagner leur appartement qui se trouve… juste en face du 29 de la rue Max Roos. « J’étais aux premières loges. On s’envoyait des sms toutes les cinq minutes avec ma femme, jusqu’à ce qu’elle puisse enfin rentrer, vers 1h du matin. J’essayais d’expliquer aux enfants ce qui se passait. »

 

Schaerbeek où la police a trouvé des explosifs après les attentats de Brxuelles le 22 mars 2016
Schaerbeek où la police a trouvé des explosifs après les attentats de Brxuelles le 22 mars 2016 - F. FLOUX / 20 Minutes

Le père de famille a tout vu : l’évacuation des habitants de l’immeuble où avait lieu la perquisitions, l’entrée du serive de déminage, l’installation de snipers sur le toit d’un autre bâtiment, les costumes blancs de la police scientifique… « Une scène digne de films américains. On n’a pas l’habitude de ça ici, c’est un quartier tranquille, il n’y a pas de délinquance. Ce n’est pas Molenbeek », poursuit Abderrahman.

Gabriel renchérit : « Tout le monde se connaît, c’est un quartier populaire de classes moyennes, avec un grand brassage. Dans mon immeuble, nous sommes au moins cinq nationalités différentes. Tout le monde vit ensemble simplement », explique ce Belge d’origine italienne. Pas mieux du côté du directeur de cabinet du bourgmestre de Schaerbeek, qui indique qu’une mosquée se trouve dans le quartier, mais elle n’est pas du tout connue comme difficile. « C’est un endroit agréable à vivre. »

« Tout le monde aurait eu peur à notre place »

L’immeuble du 29, qui venait de changer de propriétaire, avait récemment été rénové. De nouveaux locataires y avaient emmenagé il y a un mois et n’étaient pas encore connus du reste du quartier. « Je n’ai jamais vu d’Arabes dans cet immeuble, indique Abderrahman. Ils ont dû arriver la veille », avance-t-il.

Aprèsles attentats de la matinée, les habitants de ce quartier de Schaerbeek ont vécu un deuxième choc. « Tout le monde aurait eu peur à notre place. Et je m’inquiète maintenant. J’ai l’impression qu’on me regarde dans la rue, à cause de ma barbe. J’ai peur que les gens confondent tout. L’imam nous a parlé des derniers événements. Ces terroristes, ce sont nos ennemis à nous aussi les musulmans », témoigne Nordine, un jeune riverain.

Abderrahman vit mal les événements : « On tremble de l’intérieur. Je n’ai pas pu dormir, j’ai pris des cachets parce que j’avais mal au crâne. Parler à la presse aujourd’hui, c’est ma thérapie. Je ne voulais pas rester chez moi. » Heureusement pour lui, les journalistes continuaient massivement d’affluer ce mercredi matin rue Max Roos.