Pourquoi les déclarations de Salah Abdeslam sont à prendre avec précaution

ENQUETE Le suspect numéro 1 des attentats du 13 novembre a déjà fait quelques révélations à la police...

F.F.

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Photo d'archives de Salah Abdeslam, diffusée le 15 novembre 2015 par la police française dans le cadre d'un appel à témoins.
Photo d'archives de Salah Abdeslam, diffusée le 15 novembre 2015 par la police française dans le cadre d'un appel à témoins. — POLICE NATIONALE / AFP

Il a commencé à parler. Salah Abdeslam, arrêté vendredi à Molenbeek après quatre mois de cavale, « collabore avec la justice belge », a annoncé son avocat Sven Mary. Mais quelle importance accorder aux déclarations du suspect numéro 1 des attentats du 13 novembre ?

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D’après le procureur de la République de Paris, François Molins, Salah Abdeslam a indiqué lors de son interrogatoire, qu'« il voulait se faire exploser au Stade de France » avant de faire « machine arrière ».

L’homme du 18e arrondissement ?

Cet aveu pourrait bien entendu expliquer pourquoi des traces ADN d’Abdeslam ont été retrouvées sur une ceinture d’explosifs dans une poubelle de Montrouge (Hauts-de-Seine). Mais cela pose également deux questions : est-il crédible qu’un terroriste supposé se faire exploser dépose ses trois complices au Stade de France sans que ceux-ci ne s’inquiètent de sa défection ?

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On peut aussi s’interroger sur le fait que la Clio que conduisait Salah Abdeslam a été retrouvée le lendemain dans le 18e arrondissement de Paris… Là où Daesh a revendiqué, dans son communiqué dès le 14 novembre, un attentat qui n’a jamais eu lieu. « Les investigations devront donc s’attacher à déterminer sur ce point si une action kamikaze de Salah Abdeslam devait bien avoir lieu dans le 18e arrondissement », a d’ailleurs indiqué le procureur lors de sa conférence de presse.

Un nouvel attentat en préparation ?

Autre déclaration de Salah Abdeslam à prendre avec des pincettes : d’après le ministre belge des Affaires étrangères, le suspect aurait également expliqué à la police qu’il était « prêt à refaire quelque chose » à Bruxelles. « Et c’est peut-être la réalité parce que nous avons trouvé beaucoup d’armes lourdes au cours des premières investigations » et « un nouveau réseau autour de lui à Bruxelles », estime le ministre belge, Didier Reynders.

Si des armes ont bien été découvertes dans la planque de Salah Abdeslam, on peut tout de même s’interroger sur la véracité de cette hypothèse. « Il est quand même resté quatre mois en cavale. S’il avait voulu, il aurait largement eu le temps de le faire », estime David Thomson, spécialiste des djihadistes et journaliste à RFI.

David Thomson rappelle également qu’un manuel de survie en garde à vue s’échangeait il y a quelques années sur le forum djihadiste francophone Ansar al haqq avant qu’il ne soit fermé et indiquait que « la ruse est autorisée dans ce cas de figure » face aux policiers. François Molins a par ailleurs indiqué que « ces premières déclarations, qu’il faut prendre avec précaution, laissent en suspens toute une série d’interrogations ».