Obama à Cuba: Ce qui pourrait changer avec le «dégel» des relations entre les deux pays

DIPLOMATIE Barack Obama retrouve lundi le dirigeant cubain Raul Castro afin de poursuivre le rapprochement entre les deux pays...

T.L.G.
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Raul Castro et Barack Obama sur une affiche, à La Havane.
Raul Castro et Barack Obama sur une affiche, à La Havane. — /NEWSCOM/SIPA

Une première depuis la révolution. « C’est une visite historique et une occasion historique », a déclaré Barack Obama, en posant le pied à Cuba, sous une pluie battante. Le président américain retrouve lundi Raul Castro pour poursuivre le rapprochement engagé fin 2014 entre les Etats-Unis et le pays communiste. 20 Minutes s’intéresse aux éventuelles conséquences de ce « dégel » entre les deux pays.

Poursuite d’un rapprochement diplomatique

Premier objectif de ce déplacement : pérenniser « le dégel » amorcé en décembre 2014. « Il y a eu déjà un certain nombre d’acquis, comme la réouverture des ambassades en juillet 2015. Mais Barack Obama arrive au terme de son mandat et le processus n’est pas terminé. Avec cette visite, il veut consolider le processus pour que, d’une certaine manière, son successeur soit obligé de poursuivre la voie qu’il a tracée », assure Jean-Jacques Kourliandsky, spécialiste de l’Amérique latine à l’Iris.

La présidentielle américaine s’annonce décisive. « Si Hillary Clinton est élue, il n’y aura pas de problème. Son mari déjà avait essayé de se réconcilier avec Cuba sans y parvenir. Si c’est Donald Trump, on est dans l’inconnu. Le candidat républicain a déjà fait des commentaires extrêmement critiques sur le voyage, et traditionnellement au sein du parti, certains poursuivent un discours hérité de la guerre froide », poursuit le chercheur.

Essor du tourisme

« L’enjeu économique est bien plus important pour Cuba que pour les Etats-Unis, même si ces derniers peuvent s’intéresser au marché de l’agroalimentaire, ou au tourisme évidemment. La Chambre de commerce des Etats-Unis pousse notamment à la normalisation des relations », développe le spécialiste.

L’essor du tourisme américain dans l’île devrait se poursuivre, même s’il reste aujourd’hui réglementé. « Tous les Américains ne peuvent pas se rendre à Cuba, il faut faire partie de l’une des 12 catégories spécifiques (éducation, événement sportif, etc). Mais des facilitations ont été accordées, sur les Américains d’origine cubaine par exemple. Des facilités ont été mises en place pour l’utilisation des cartes de crédit également qui ne seront plus surtaxées ».

Ouverture de l’économie

De son côté, l’économie cubaine devrait poursuivre sa lente ouverture vers l’extérieur. « Les Cubains sont en train d’essayer d’inventer un modèle sur le type chinois : maintien du parti communiste au pouvoir, mais ouverture à l’économie de marché de manière contrôlée, sur l’agriculture ou le petit commerce notamment. Le pays a déjà procédé à une série d’ouvertures vers des pays d’Amérique latine, le Canada, ou l’Europe. C’est maintenant au tour des EU », poursuit Jean-Jacques Kourliandsky. « Le Congrès du Parti communiste cubain [prévu le 16 avril] pourrait dresser une nouvelle feuille de route pour l’économie cubaine », ajoute-t-il.

La chaîne hôtelière Starwood a annoncé samedi avoir obtenu le feu vert du Département du Trésor pour ouvrir deux hôtels à La Havane. Elle devient ainsi la première multinationale américaine à s’installer à Cuba depuis 1959.

La levée du « Cuban Adjustment Act » ?

Le dégel entre les deux pays a provoqué en novembre une crise migratoire en Amérique centrale, car de nombreux Cubains craignent la fin du « Cuban Adjustment Act ». Cette loi américaine offre l’asile politique aux Cubains ayant foulé le sol des Etats-Unis. Mais renvoient à Cuba ceux qui sont interceptés en mer. Peut-on s’attendre à l’abrogation de cette loi ? « On pourrait le penser, dans la mesure où il n’y a plus de guerre idéologique entre les deux pays. Mais ce volet n’est pas une priorité pour les deux pays et dépend surtout de la levée de l’embargo », assure le chercheur.

Or la levée de l’embargo, appartient au Congrès américain, tenu par les Républicains. « Ces derniers n’ont aucune raison d’accorder un cadeau de ce type à Obama en pleine campagne », poursuit Jean-Jacques Kourliandsky. « En réalité, l’ensemble des dispositifs contraignants l’économie cubaine (accès au crédit international, liberté de circulation, etc.) dépendra de la levée ou non de l’embargo, et donc, des élections américaines au Congrès ».