Un an après l'attentat du Bardo: La Tunisie face au défi du djihadisme

TERRORISME En un an, la Tunisie a été victime de pas moins de quatre attentats. De quoi s'interroger sur la politique sécuritaire menée par le gouvernement... 

Florence Floux

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Le 18 Mars 2015, 22 personnes dont 21 touristes ont été tués au musée du Bardo à Tunis lors d'attentats terroristes.
Le 18 Mars 2015, 22 personnes dont 21 touristes ont été tués au musée du Bardo à Tunis lors d'attentats terroristes. — Hassene Dridi/AP/SIPA

Il y a un an, le 18 mars 2015, 24 personnes trouvaient la mort dans l’attaque terroriste du musée du Bardo, à Tunis. Le 7 mars dernier, un nouvel attentat dans la ville de Ben Guerdane portait à quatre le nombre d’attaques djihadistes meurtrières dont a été victime la Tunisie en l’espace d’un an.

Du Bardo en passant par Sousse et l’avenue Mohamed V jusqu’à la ville de Ben Guerdane, le pays est-il parvenu à mettre en place une politique sécuritaire efficace pour affronter la menace djihadiste grandissante ?

« Un signal très positif pour la suite »…

« En Tunisie, l’attentat de Ben Guerdane est présenté comme une grande victoire et un signal très positif pour la suite », explique le journaliste de RFI David Thomson, spécialiste de la Tunisie et du djihadisme. La riposte de l’armée, rapide - contrairement à celle de Sousse - et efficace, a affectivement permis de neutraliser les terroristes. Mais que l’attaque d’une soixantaine de djihadistes pratiquant des assassinats ciblés contre une ville entière, soit perçue comme une victoire, a de quoi surprendre.

>> A lire aussi : Pourquoi la Tunisie est-elle la cible d'attaques djihadistes ?

« Il y a un véritable déni de la situation en Tunisie. Qu’un attentat de cette ampleur inédite ait pu se produire sans que le renseignement ne voie rien venir pose problème. Mais à l’heure actuelle, il n’y a aucun débat sur la question là-bas », estime David Thomson. Une analyse que ne partage pas tout à fait le consultant de l’International Crisis Group (ICG) Michael Ayari : « Dramatiser, c’est faire le jeu des djihadistes. Un Etat peut communiquer en minorant un peu la situation tout en se préparant dans les faits. »

Un travail de déradicalisation inexistant

Mais l’exécutif est-il vraiment en train de préparer ses forces de sécurité à la lutte contre le djihad ? Samedi 13 mars, le chef du gouvernement tunisien Habib Essid appelait tous ses concitoyens à donner au Fonds national de lutte contre le terrorisme pour participer à l’effort de guerre national… De quoi faire penser que les caisses du pays sont vides ? « Ce n’est pas un problème de coût, beaucoup de monde est prêt à aider la Tunisie. Le véritable enjeu, c’est l’absence d’une stratégie sécuritaire claire et organisée. Si une politique de coordination était en mise en place, les capitaux suivraient », analyse Michael Ayari.

Car le pays n’est pas seulement touché par un chômage massif de plus que 15 %. La jeune démocratie fait face à des blocages institutionnels et des conflits politiques qui minent sa soif de réformes. « La conférence nationale contre le terrorisme annoncée pour l’automne dernier est sans cesse repoussée », note Michael Ayari. Quant au travail de déradicalisation pourtant bien nécessaire à ce pays qui fournit le plus grand nombre de djihadistes au monde - plus de 5.500, selon l’ONU, un record - « il est inexistant, constate David Thomson. Aucun programme n’a été lancé alors que c’est le pays le plus touché au monde par le problème. »

Au vu de l’évolution de la situation chez son voisin libyen, la Tunisie ne devrait pas attendre beaucoup avant d’être à nouveau victime d’une attaque djihadiste. La course contre la montre pour assurer sa sécurité a déjà commencé.