Grèce: «C’est une honte de fermer les frontières à des gens qui fuient la guerre»

REPORTAGE Chloé et Eddy, un jeune couple de Lorrains, viennent en aide aux réfugiés coincés dans le camp d’Idomeni, situé à la frontière greco-macédonienne...

Helene Sergent

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Dans le camp de réfugiés d'Idomeni, village grec frontalier de la Macédoine où sont bloqués des milliers de migrants.
Dans le camp de réfugiés d'Idomeni, village grec frontalier de la Macédoine où sont bloqués des milliers de migrants. — Hélène Sergent/20 Minutes

De notre envoyée spéciale en Grèce

Dans les allées du camp d’Idomeni, situé à la frontière greco-macédonienne, on perçoit des dizaines d’accents et de langues différentes. Les 12 000 à 14 000 réfugiés, coincés au milieu des champs abondamment arrosés du nord de la Grèce, viennent d’Irak, d’Afghanistan, du Pakistan, de Syrie, du Yémen. Cette diversité se retrouve aussi au sein des équipes bénévoles présentes sur le site. Les Grecs, particulièrement investis dans cette gestion humanitaire, composent avec des volontaires venus du monde entier.

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De l’Irlande à la Chine

Mercredi 16 mars, veille de la St Patrick, l’arrivée d’un camion orné de drapeaux verts et orange a suscité la curiosité de nombreux réfugiés. Ces bénévoles indépendants venus d’Irlande ont réparti, en quelques minutes, des dons récoltés de l’autre côté de la Manche. Plus loin, une dizaine de personnes arborant les gilets couleur or d’une association chinoise semblait quelque peu dépassée lorsqu’a débuté la distribution de chaussures.

Si les Français sont particulièrement présents à travers les ONG, Médecins sans Frontières en tête, ou au sein d’organismes institutionnels comme le Haut-Commissariat aux Réfugiés de l’ONU (UNHCR), ils se font plus rares parmi les volontaires indépendants. Chloé et Eddy, un jeune couple de Lorrains, en voyage en Grèce depuis un mois, comptent parmi eux.

Trouver sa place

« Nous faisions duwwoofing (du bénévolat écologique) à Papingo. C’est là que nous avons rencontré Katherine, une Américaine qui revenait de Lesbos qui nous a raconté ce qu’elle y avait vu. On ne pouvait pas être seulement à trois heures de route d’Idomeni et ne pas venir donner un coup de main », détaille la jeune femme. Eddy, son compagnon de 29 ans, bonnet vissé sur la tête, ajoute : « Ce n’était pas prévu mais on voulait quand même voir si on pouvait aider ». Mais au regard du nombre important d’organismes et d’associations présents, difficile de trouver sa place.

Arrivés mardi et présents sur le site pendant une semaine, Chloé et Eddy sont sollicités dès qu’un besoin spécifique est identifié et qu’un référent d’une association les contacte. Une situation parfois frustrante mais nécessaire selon la Française : « Il y a d’immenses besoins mais on ne sait pas trop par où commencer et il y a parfois un manque de coordination générale au niveau du camp ». Leur venue est également un moyen pour eux d’affirmer leur désaccord avec les choix engagés par l’Union Européenne et par la France à l’égard des réfugiés.

Un premier pied dans le social

Venus à trois sur le camp, en compagnie de Katherine, leur amie Américaine, ces bénévoles financent l’intégralité de leur séjour : « On a trouvé un logement à quelques kilomètres du camp mais on ne pourra pas rester plus d’une semaine », regrette Chloé. Préposés mercredi au ramassage des ordures laissées le long de la voie ferrée, les deux volontaires ne sont pas totalement ignorants quant à la situation des demandeurs d’asile et des migrants.

« En France, on travaille dans le social », précise Eddy. Le couple vit à proximité d’un Cada (Centre d’accueil pour demandeurs d’asile), et se sont liés d’amitié avec un résident albanais. Bénévoles dans un orphelinat au Népal, les deux voyageurs peinent à cacher leur colère : « C’est une honte de fermer les frontières à des gens qui fuient la guerre. En tant que Française mais surtout d’Européenne, je ne suis pas fière ».