La présidente brésilienne Dilma Rousseff, accompagnée de Lula.
La présidente brésilienne Dilma Rousseff, accompagnée de Lula. — Nelson Antoine/AP/SIPA

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Brésil: Corruption, menaces de mort et copinage… Le «Lava Jato» secoue Lula et Rousseff

Le scandale de Petrobras, qui enflamme le Brésil depuis plusieurs années, pourrait bien emporter Dilma Rousseff et l’ancien président Lula...

C'était pourtant officiel. L’ex-président Lula avait pris ses fonctions de chef de cabinet de Dilma Rousseff, ce jeudi après-midi, malgré la tension ambiante et l’ire du peuple brésilien. Mais la joie n'aura été que de courte durée. Un juge a suspendu l'entrée au gouvernement de Lula, menacé de prison préventive car suspecté d'avoir un lien avec le scandale Petrobras.

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Petrobras, le Bygmalion à la brésilienne

L’affaire met en cause l’entreprise pétrolière du même nom contrôlée par l’Etat ainsi que des firmes du BTP brésilien, les deux secteurs ayant travaillé de concert, supposément depuis 1997. Au programme : surfacturation de chantiers et détournement de fonds illicites dans les caisses de partis politiques, d’entreprises et d’élus. Dilma Rousseff n’est pas directement citée par l’enquête fédérale, mais ayant présidé le conseil de direction de Petrobras de 2003 à 2005, le peuple a du mal à croire qu’elle n’a rien vu passer. 

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Lava Jato : enquête d’envergure aux erreurs cocasses

Le scandale débouche, en 2014, sur l’ouverture de l’enquête dite du Lava Jato, menée par la police fédérale indépendamment du pouvoir. Vingt-et-un procureurs travaillent sous les ordres du juge Sérgio Moro, qui a auditionné une centaine d’entrepreneurs et politiques suspects, mais aussi des innocents dont le seul fait d’armes est… d’avoir le même nom que des personnes liées au Lava Jato, donnant lieu à des auditions cocasses. La dernière date du 7 mars, quand un tapisseur de sièges automobiles a été convoqué pour témoigner pour le ministère public fédéral. « Peut-être que cette personne a été appelée par erreur parce que c’est un homonyme. La séance est terminée », avait conclu Moro, visiblement gêné.

Le juge Sérgio Moro supervise l'enquête du Lava Jato.
Le juge Sérgio Moro supervise l'enquête du Lava Jato. - Eraldo Peres/AP/SIPA

La procédure d’« impeachment » contre Dilma menée… par un politique possiblement corrompu

Présentée par les populistes comme la conséquence de l’implication de Dilma Rousseff dans le scandale Petrobras, la procédure de destitution lancée contre la présidente a en réalité été ouverte à cause d’irrégularités sur la présentation des budgets 2014 et 2015. Menée par le président de la chambre des députés, le centriste Eduardo Cunha, la procédure d’impeachment traîne en longueur. Car si ce dernier est un fervent opposant à Dilma Rousseff, il n’a pas forcément intérêt à la voir tomber, étant lui-même mêlé à l’affaire du Lava Jato. Le monde est petit au Brésil.

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Lula pris la main dans le sac

L’ancien président brésilien est celui qui a le plus à perdre. Longtemps considéré comme le héros du peuple, il semblerait qu’il ait fini par se laisser corrompre. Selon Sérgio Moro, 60 % des donations faites à l’Institut Lula ont pour origine quelques-unes des firmes qui reviennent le plus souvent dans les dossiers du Lava Jato. D’autre part, Lula est suspecté d’avoir acheté un triplex à Sao Paulo, dont les travaux de rénovations auraient été effectués par l’une de ces entreprises. L’ancien syndicaliste avoue avoir été intéressé par le logement, mais nie en avoir jamais été propriétaire.

Plusieurs milliers de personnes sont descendues dans les rues de Sao Paulo pour protester contre Dilma Rousseff et Lula.
Plusieurs milliers de personnes sont descendues dans les rues de Sao Paulo pour protester contre Dilma Rousseff et Lula. - Ricardo Nogueira /SIPA

Dilma utilise son joker : le coup de fil à un ami

Conclusion, Lula et Dilma sont dans de sales draps. Mais l’un a beaucoup à apporter à l’autre. En offrant le poste de chef de cabinet à son mentor, la présidente espère pouvoir redresser l’économie d’un pays en pleine récession, mais aussi profiter du charisme de Lula pour faire échouer l’impeachment. En échange, le nouveau membre du gouvernement brésilien bénéficie d’une quasi-immunité judiciaire. Le hic, c’est qu’une conversation téléphonique divulguant le plan sournois des deux protagonistes a fuité mercredi. Le feuilleton n’est pas près de se terminer…

Bonus : La nouvelle voiture du juge Moro

Après avoir reçu de multiples menaces de mort, Sérgio Moro s’est vu offrir une nouvelle voiture, entièrement blindée, ainsi que cinq hommes de main. S’il gagne une protection policière 24h/24, le juge perd en revanche sa chère et tendre Volkswagen Golf.