VIDEO. A l'aéroport désaffecté d'Hellenikon, la patience des réfugiés afghans s'émousse

REPORTAGE Ouvert il y a dix jours par le ministère des migrations, l'aéroport désaffecté accueille depuis près de 1400 réfugiés, presque tous venus d'Afghanistan...

Helene Sergent

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Des réfugiés ont trouvé refuge à Hellinikon, l'ancien aéroport d'Athènes, le 14 mars 2016.
Des réfugiés ont trouvé refuge à Hellinikon, l'ancien aéroport d'Athènes, le 14 mars 2016. — Gaël Michaud/SIPA

De notre envoyée spéciale en Grèce

Les voyageurs qui patientent dans le terminal de l’aéroport d’Hellenikon, ce lundi 14 mars, ne décolleront jamais du tarmac abandonné, rongé par les mauvaises herbes. Hormis quelques familles iraniennes ou marocaines, tous ici, sont réfugiés Afghans. Depuis que le ministère des Migrations grec a ouvert les grilles du complexe aéroportuaire désaffecté - faute de places suffisantes dans les camps environnants - la vie s’organise tant bien que mal dans les allées du bâtiment.

Au sol, les familles ont étalé des couvertures, dont quelques-unes sont siglées du logo du Haut-Commissariat aux Réfugiés de l’ONU, et des centaines de tentes aux toiles multicolores ont été montées. Deux espaces, un pour les hommes et un autre pour les femmes, abritent quatre et six bacs à douche mais « l’eau est froide », déplore Hamayoon, un jeune Afghan de 17 ans, le regard fatigué.

Un camp excentré

Dans ce décor surréaliste, Wahid, un étudiant de 22 ans, lui aussi venu d’Afghanistan, confie son désarroi : « Je suis arrivé en Grèce il y a vingt jours. Depuis la Turquie, j’ai dû débourser 1500 dollars pour rejoindre Lesbos. Je suis resté dix jours dehors sur la Place Victoria à Athènes mais la police m’a chassé. J’ai pris le train vers Thessalonique, puis un taxi pour arriver à Idomeni. Mais la frontière était fermée alors j’ai préféré revenir ici ».

La coordinatrice du site, géré par le ministère des Migrations, précise que « le terminal accueille depuis dix jours entre 1400 et 1500 personnes et l’ensemble du complexe d’Hellenikon, qui comprend également des infrastructures sportives réquisitionnées, en compte 4000 ».

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La localisation du site, relativement excentrée du centre d’Athènes, coupe les réfugiés des ONG et de la population grecque qui interviennent plus régulièrement sur le port du Pirée. Si l’armée fournit deux repas par jour aux réfugiés, les conditions d’hygiène, la promiscuité et l’attente minent le moral des familles.

La pluie battante et le vent soutenu qui balaient Athènes depuis trois jours contraints les réfugiés à rester à l’intérieur. « On ne peut rien faire de la journée, on discute, on attend que la frontière Macédonienne rouvre », confie, dépité, Wahid, un étudiant de 22 ans, qui a quitté l’Afghanistan au mois de janvier aux côtés de ses cousins et de quelques amis.

Un repas solidaire

Ce lundi 14 mars est pourtant différent des autres jours. Férié en Grèce, il signe le début du carême et la fin du carnaval. A cette occasion, plusieurs associations dont « O allos anthropos », une cuisine sociale saluée en 2015 pour son action par le Parlement Européen, se sont donné rendez-vous. A l’entrée du terminal, sous un panneau intact indiquant « les arrivées nationales », une vingtaine de bénévoles s’activent.

Autour de deux immenses marmites, Aziz, Mara, Issa, Fatima et les autres membres de l’association sénégalaise d’Athènes, versent les haricots et les pois chiches qui seront servis ce midi. Plus loin, des tapis multicolores et des peluches volumineuses attendent les enfants, qui représentent près d’un tiers des réfugiés installés dans le terminal.

Sur le parking, Georgios, cuisinier et propriétaire d’un « food-truck », distribue des cerfs-volants : « Je suis venu il y a quelques jours avec ma fille et nous avions un cerf-volant. Les enfants Afghans adorent ça, du coup je me suis dit que ça pouvait être bien d’en apporter quelques-uns aujourd’hui ». Lorsque les grilles s’ouvrent, les adultes se ruent vers les assiettes fournies de feuilles de vigne, de pain pita et de soupe. Les enfants, eux, préfèrent l’atelier maquillage et les cotillons.

A 29 ans, Alex, Grec d’origine camerounaise, observe la scène adossé contre le capot d’une voiture : « On a beau vouloir continuer à construire des barrières, dire à ces gens que nos frontières sont fermées, cela ne changera pas la situation. Ces enfants, ils n’ont rien et ils fuient une guerre qui leur est imposée. Qu’est ce qu’on ferait à leur place ? La même chose ».