VIDEO. Attaque en Côte d’Ivoire: Pourquoi Aqmi répand le djihadisme en Afrique de l'Ouest

TERRORISME Retour sur les principales questions soulevées par l’attaque djihadiste qui a touché la station balnéaire ivorienne de Grand-Bassam, dimanche…

Anne-Laëtitia Béraud

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Des forces de sécurité ivoiriennes évacuent des civils après l'attaque de la station balnéaire Grand-Bassam, à l'est d'Abidjian, le 13 mars 2016.
Des forces de sécurité ivoiriennes évacuent des civils après l'attaque de la station balnéaire Grand-Bassam, à l'est d'Abidjian, le 13 mars 2016. — SIA-KAMBOU / AFP

Dimanche, la Côte d’Ivoire a été la cible d’une attaque djihadiste qui a fait seize morts, dont un Français. Un commando de six hommes armés s’est lancé sur une plage de la station balnéaire de Grand-Bassam, fréquentée par la bourgeoisie ivoirienne et des étrangers, et s’est mis à tirer. C’est le premier attentat de ce type dans le pays. Il a été revendiqué par Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi). L’attaque pourrait avoir été organisée par le mouvement Al-Mourabitoun dirigé par l’Algérien Mokhtar Belmokhtar, un groupe affilié à Aqmi qui a commis les attentats de Bamako (20 morts) le 20 novembre 2015 et de Ouagadougou (20 morts) le 15 janvier 2016.

Pourquoi la Côte d’Ivoire est-elle visée, après le Burkina et le Mali ?

Après les attaques en Afrique de l’Ouest visant des lieux fréquentés par des étrangers, fin novembre et début janvier, l’attaque de la station ivoirienne de Grand-Bassam n’étonne pas les spécialistes. « Cela fait des semaines que la Côte d’Ivoire savait qu’elle était une cible et elle avait mobilisé des forces de sécurité pour se prémunir d’une attaque dans les grandes villes », commentePhilippe Hugon, directeur de recherches à l’Iris, chargé de l’Afrique. En effet, dans un entretien accordé en janvier au site mauritanien Al-Akhbar, un chef d’Aqmi, Yahya Abou El-Hammam, menaçait d’ailleurs les alliés des « Croisés [de] les frapper, ainsi que les intérêts occidentaux chez eux ».

Le groupe terroriste Aqmi a-t-il frappé hors de sa zone d’action traditionnelle ?

Le groupe djihadiste algérien Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi), qui opère du sud du Sahara au nord du Sahel, a frappé dimanche dans le golfe de Guinée, a priori loin de ses bases. A priori, puisque cette organisation, en rivalité avec Daesh, est désormais implantée dans toute la région. « Aqmi est sortie du territoire algérien pour essaimer un peu partout dans la région, avec des petits groupes qui interagissent et recrutent des jeunes séduits par l’idéologie d’un islam radical et combattant », précise Philippe Hugon. Et tant la dissémination de ces petits groupes que le type d’attaques -des assauts sur les terrasses de cafés- rendent la menace presque impossible à parer.

Par la Côte d’Ivoire, la France est-elle ciblée ?

En attaquant la Côte d’Ivoire pour plomber son économie touristique, c’est aussi la France qui est visée. L’Hexagone entretient de nombreux liens économiques et culturels avec ce pays d’Afrique de l’Ouest. « La Côte d’Ivoire est francophone, elle fait partie de la zone franc et dispose d’accords de coopération avec la France. Par ailleurs, le pays accueille des soldats français et lutte contre des groupes terroristes dans la région », énumère le professeur émérite à l’Université Paris X Nanterre. La Côte d’Ivoire participe à la force de l’Organisation des Nations unies déployée au Mali, et environ 550 militaires français deBarkhane, l’opération militaire contre Aqmi au Mali et au nord du Sahel, sont basés dans ce pays. Autant de liens qui la désignent, comme d’autres pays africains qui ont des liens importants avec la France, comme une cible pour les djihadistes.

Après la Côte d’Ivoire, quel pays est-il particulièrement visé par les djihadistes ?

Pour nombre d’analystes, le Sénégal, pays francophone d’Afrique de l’Ouest très touristique et aux liens étroits avec la France et les Etats-Unis, est lui aussi menacé par les djihadistes. Le Président sénégalais, Macky Sall, a déjà évoqué de possibles attaques dans son pays. « Le Sénégal est touché par la montée d’un islam radical salafiste, et des jeunes s’engagent dans les rangs de Daesh », précise Philippe Hugon. Ce recrutement préoccupe d’ailleurs le chercheur. « Si l’efficacité d’une opération militaire telle que Barkhane dans la zone du Sahel est démontrée pour lutter contre des foyers de djihadistes, elle ne suffit évidemment pas. Aujourd’hui, le recrutement de jeunes Africains désœuvrés à la cause terroriste est à la fois important et diffus, créant des petits groupes dans toute la région », ajoute le spécialiste de l’Afrique.