Crise des migrants: Pourquoi la fermeture de la route des Balkans a peu de chances d'aboutir

CRISE DES RÉFUGIÉS Evoquée dans un premier projet de texte, à la veille du Conseil européen, la fermeture de la route des Balkans menacerait la cohésion de l'Union Européenne...

Hélène Sergent

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Des migrants le 3 mars 2016 près de Gevgelija,  à la frontière entre la Grèce et la Macédoine.
Des migrants le 3 mars 2016 près de Gevgelija, à la frontière entre la Grèce et la Macédoine. — DIMITAR DILKOFF AFP

« La route des Balkans est désormais fermée.   « La route des Balkans est désormais ferméeCette phrase glissée dans le projet de texte élaboré dimanche, à la veille du sommet organisé ce lundi à Bruxelles, portant sur la crise des réfugiés et sur un accord avec la Turquie, a suscité la confusion et l’incompréhension au sein de l’Union européenne.

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Depuis près d’un an, des milliers de réfugiés syriens, irakiens et afghans arrivent en Grèce aprèsune traversée périlleuse de la mer Méditerranée depuis la Turquie. S’ensuit une longue route à travers les Balkans, de la Macédoine en passant par la Serbie et la Hongrie en direction de l’Allemagne ou des pays scandinaves. Fermer cet accès sous l’impulsion des 28 Etats européens semble toutefois peu crédible.

Le « veto » allemand 

Malgré la tenue prochaine d’élections régionales en Allemagne, la chancelière Angela Merkel a fait part ce lundi, dès le début du sommet, et via son porte-parole, de son opposition à une fermeture actée par l’Europe de la route des Balkans : « J’ai pris connaissance de ces informations, qu’on spécule sur une fermeture de la route des Balkans. Mais je veux dire qu’à l’heure actuelle il s’agit de spéculations, les négociations, les discussions sont en cours et il faut attendre. »

En février déjà, Angela Merkel s’était fermement opposée à cette éventualité : « Sommes-nous avec notre approche turco-européenne (…) en mesure de combattre les causes de la fuite et d’améliorer la protection des frontières extérieures ? (…) Ou bien allons-nous abandonner et fermer les frontières grecques, macédoniennes, bulgares avec toutes les conséquences que cela aura pour la Grèce, l’UE dans son ensemble et l’espace Schengen ? ». La chancelière est également soutenue par le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, opposé à une telle formulation.

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A peine rédigée, la mention barrée

Pour Henri Labayle, professeur de droit à l’université de Pau et spécialiste de l’espace Schengen, l’inscription de cette phrase n’a rien de surprenant : « Cela signifie que le camp et les discours des "durs", ceux qui prônent la fermeture totale des frontières, est en train de gagner du terrain, à l’image de la posture de Donald Tusk, qui donne le sentiment de défendre d’abord les positions de son pays d’origine, la Pologne, que celles de l’Union. »

Pour autant, il relativise la crédibilité d’une telle application : « Cela reviendrait à transformer la Grèce en un gigantesque camp de réfugiés. Tous ceux qui vont passer par la Turquie et arriver en Grèce vont se heurter aux gardes-frontières ? On voit bien l’impasse que cela représente. » Citée par l’AFP, quelques heures après le début du sommet, une source européenne a par ailleurs affirmé que le texte des conclusions avait été « réécrit » et que la phrase actant la fermeture de la route des Balkans avait été « barrée ».

« Davantage de dangers, davantage de morts »

Une formulation explosive pour l’équilibre de l’Union qui a donc peu de chances d’être retenue par les 28. L’an dernier, près de 850 000 migrants ont emprunté cette route pour rejoindre l’Allemagne, la Suède, la Norvège ou l’Angleterre. « Barrer cette route et, dans quelques semaines, on entendra à nouveau parler de Lampedusa », avance Henri Labayle.

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Comme lui, François Gemenne, chercheur en science politique à l’Université de Liège (ULg) et à Sciences-Po Paris craint une « déviation » de cette route des Balkans et la création d’un nouvel itinéraire via la Méditerranée centrale : « Soit la Grèce deviendra un gigantesque camp de réfugiés, soit une nouvelle route migratoire s’ouvrira, par exemple dans l’Adriatique entre Corfou et Brindisi, et les migrants pourraient être tentés de prendre la mer à nouveau pour rejoindre l’Italie… Ce qui présente davantage de dangers, davantage de passeurs et davantage de morts », a-t-il expliqué à la RTBF.

Depuis les restrictions imposées par la Macédoine, l’Autriche et la Hongrie, près de 30.000 migrants seraient aujourd’hui bloqués dans des conditions misérables en Grèce.