VIDEO. Air Cocaïne: Christophe Naudin, condamné d'avance en République dominicaine?

JUSTICE Le procès qui suivra la mise en examen de Naudin sera l'objet de toutes les attentions en France...

Nicolas Beunaiche

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Christophe Naudin à  son arrivée à Saint-Domingue, en République dominicaine, le 4 mars 2016.
Christophe Naudin à son arrivée à Saint-Domingue, en République dominicaine, le 4 mars 2016. — ERIKA SANTELICES / AFP

Les événements s’accélèrent pour Christophe Naudin. Ce vendredi, l’expert en sûreté aérienne est arrivé en République dominicaine, dans le cadre d’une procédure d’extradition organisée par l’Egypte. Le Français devrait y être mis en examen dans l’affaire Air Cocaïne en raison de son implication dans l’exfiltration des deux pilotes français condamnés localement pour trafic de drogue. Avant un procès très attendu, à une date encore inconnue. Que peut en attendre Naudin ? 20 Minutes fait le point.

Que reprochent les autorités à Naudin ?

Très concrètement, l’expert en sûreté aérienne numéro un des plateaux télé est accusé d’avoir aidé Brun Odos et Pascal Fauret, condamnés en République dominicaine, à rejoindre la France. Ce qu’il a reconnu dans les médias. Juridiquement, c’est plus complexe. La République dominicaine lui reproche en fait d’avoir violé la loi 137-03 sur le trafic illégal de migrants et la traite de personnes, comme mentionné dans le mandat d’arrêt international le visant. Sauf que pour les proches de Naudin, cette accusation ne tient pas. « La justice dominicaine a invoqué des motifs extrêmement graves qui ne sont pas en lien avec ce qu’on pourrait lui reprocher par ailleurs, a dénoncé Michèle Naudin, l’épouse de l’accusé, sur France Info ce vendredi matin. C’était leur seul moyen d’obtenir l’extradition. C’est toute la roublardise de la justice dominicaine. »

Quelle est la position des autorités dominicaines ?

Depuis plusieurs années, l’Etat dominicain est en guerre contre le narcotrafic. Les autorités s’étaient montrées très fermes au moment de l’arrestation des deux pilotes, et la justice avait suivi. L’exfiltration de ces derniers n’a évidemment pas arrangé les choses. Ces derniers jours, le procureur a rappelé que la loi prévoit une peine de dix à quinze ans de prison, assortie d''une amende allant de 150 à 250 salaires minimum, selon Le Monde. « Ils vont vouloir se venger », craint le sénateur UDI Olivier Cadic, ami et soutien de Naudin.

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Qu’ont-elles comme preuves contre Naudin ?

C’est l’une des inconnues du procès à venir. « Ils n’ont rien dans leur dossier », assure Christophe Lekieffre, le président de l’association de soutien à Naudin, qui maintient par ailleurs que son « ami de quinze ans » n’est jamais entré dans les eaux territoriales dominicaines. « En Egypte, les représentants dominicains présents sur place n’avaient aucune preuve de quoi que ce soit, si ce n’est des coupures de presse », indiquait pour sa part ce vendredi matin Michèle Naudin sur France Info. Des articles tirés de journaux français, auprès desquels l’expert s’est longuement épanché en novembre, et à qui il a reconnu très aisément sa participation aux opérations d’exfiltration. Une erreur, rétrospectivement ? Michèle Naudin reconnaît que ses prises de parole vont « sans doute » lui nuire.

Sur qui Naudin peut-il compter ?

Les services diplomatiques sont « nos seuls alliés », dit simplement Michèle Naudin. Reçue à l’Elysée lundi en compagnie de Cadic et Lekieffre, notamment, elle a eu confirmation que l’Etat assurerait une protection consulaire rapprochée. Il s’agit de garantir à Christophe Naudin un suivi de son état de santé et les moyens de se défendre. Les proches de Naudin sont également à pied d’œuvre pour lui trouver un avocat sur place. Son défenseur en France, Me Martin Reynaud, se refuse, lui, à prendre la parole pour le moment.

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Aura-t-il droit à un procès équitable ?

C’est tout l’enjeu de l’affaire Naudin. Ses proches, très pessimistes, martèlent leur confiance relative dans la justice dominicaine. Olivier Cadic évoque par exemple une « justice accusatoire dans laquelle vous n’avez pas la parole ». « Les deux pilotes n’ont pu s’exprimer qu’à la toute fin », quand les dés étaient jetés, dénonce-t-il. Interrogée par France Info sur ce même sujet, Michèle Naudin s’est montrée évasive : « Ecoutez, je crois qu’il a été dit qu’il aurait un procès équitable comme c’est l’habitude en République dominicaine. Je ne ferai pas d’autre commentaire. » Contactée pour lui apporter la contradiction, l’ambassade de République dominicaine à Paris n’était pas en mesure de répondre à nos questions ce vendredi.