USA 2016: «Idiocracy», le film prophétique sur le phénomène Donald Trump

CINEMA Sortie en 2006, la comédie satirique «Idiocracy» s'invite dans la course à la présidence américaine avec son président très (trop ?) proche de Donald Trump...

Vincent Julé

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Terry Crews est le Président Camacho dans le film Idiocracy sorti en 2006
Terry Crews est le Président Camacho dans le film Idiocracy sorti en 2006 — 20th Century Fox

Donald Trump est une blague. Une mauvaise blague qui n’a que trop duré, comme l'a rappelé et démontré en vidéo l’humoriste américain John Oliver alors que le candidat à la primaire républicaine est parti pour remporter la majorité des Etats lors du «Super Tuesday» : « Donald Trump est comme un grain de beauté. Il semblait inoffensif l’an dernier, mais maintenant qu’il a grossi, l’ignorer est devenu dangereux. »

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« Je n’aurais jamais cru qu'« Idiocracy » deviendrait un documentaire »

Après la victoire de Donald Trump au Nevada et son «Nous avons gagné avec les gens peu éduqués, j'adore les gens peu éduqués», le scénariste Etan Cohen a ainsi tweeté avec ironie : « Je n’aurais jamais cru qu’Idiocracy deviendrait un documentaire ». Etan n’est pas l’un des frères Coen, mais l’auteur des scripts de Tonnerre sous les Tropiques et Men in Black 3, ainsi que le fidèle collaborateur de Mike Judge, à qui l’on doit les séries Beavis et Butt-Head et Silicon Valley. Ensemble, ils signent en 2006 la comédie satirique Idiocracy, passée totalement inaperçue dans les salles françaises, mais devenue relativement culte outre-Atlantique.

Deux ans avant Wall-E de Pixar, Idiocracy imagine l’avenir de l’humanité, et ce n’est pas glorieux… mais terriblement d’actualité. Joe Bowers (Luke Wilson) est un Américain moyen choisi par le Pentagone pour un programme d’hibernation. L’expérience tourne mal, et notre cobaye se réveille 500 ans plus tard dans une Amérique jonchée d’ordures, régie par les fast-foods, les boissons énergétiques et les émissions de télé débiles, et gouvernée par un Président ex-star du catch et du porno.

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Donald Trump ou President Camacho ?

De son petit nom Dwayne Elizondo Mountain Dew Herbert Camacho, ce président fictionnel du XXVIe siècle (Terry Crews) s’est invité dans la course à l’investiture républicaine de 2016. Dès le premier débat du Grand Old Party, les observateurs n’ont pu s’empêcher de faire le parallèle avec Donald Trump, montage vidéo à l'appui. Le site culturel Flavorwire a même mis en place le jeu « Qui l’a dit ? Donald Trump ou President Camacho ? » A vous de jouer : « Je bats la Chine à tous les coups », « Cette connerie autour du réchauffement climatique doit s’arrêter », « Je construirais un mur, et croyez-moi, personne ne construit mieux les murs que moi », etc. Spoiler : elles sont toutes de Trump.

Pour le film, pour la blague, Etan Cohen et Mike Judge font ainsi le portrait d’une Amérique victime de l’anti-intellectualisme. Or les médias américains tirent la sonnette d’alarme, car la réalité est en train de rattraper la fiction, comme le prouvent de nombreux sondages sur les supporters du camp Trump : un tiers de ses électeurs sont favorables à l’interdiction d’entrée sur le territoire pour les homosexuels, 38 % regrettent que les Confédérés aient perdu la guerre de Sécession ou 20 % estiment que l’émancipation des esclaves en 1863 était une erreur. Si Idiocracy était une comédie, « Donald Trump The Movie » ressemble plus à une tragédie.