Elections en Iran: «Il peut y avoir un renversement»

INTERVIEW Sept ans après l’élection présidentielle contestée par la population, les Iraniens se rendent aux urnes vendredi 26 février…

Propos recueillis par Hélène Sergent

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Le président iranien Hassan Rohani le 11 février 2016 à Téhéran.
Le président iranien Hassan Rohani le 11 février 2016 à Téhéran. — ATTA KENARE / AFP

C’est une double élection qui se tient ce vendredi en Iran. Près de 54 millions d’électeurs doivent renouveler les 290 parlementaires et les 88 membres de l’Assemblée des Experts chargée d’élire et de révoquer le Guide de la révolution, plus haut dignitaire du pays. Amélie M. Chelly, enseignant chercheur associée à l’EHESS et docteure en sociologie religieuse et politique, spécialiste du monde iranien, analyse les enjeux de ce scrutin historique.

Quels enjeux recouvrent ces élections ?

Il y a deux questions majeures posées par ces élections. La première, la plus taboue, concerne l’âge et l’état de santé du guide suprême, Ali Khamenei. A 76 ans, il est à la tête de cette théocratie depuis plus de vingt-six ans. La question de sa succession se pose de plus en plus et l’élection des membres de l’Assemblée des experts est significative.

La seconde question qui se pose est celle de l’ouverture de l’Iran sur le monde. Depuis l’arrivée du président Hassan Rohani, on voit émerger la nécessité de mettre fin à la suffocation économique liée aux sanctions. Rohani a su mener sa barque puisque, même si le parlement est très majoritairement conservateur, beaucoup de modérés ont pu se présenter parmi les 6.185 candidats investis. On a l’impression qu’il va y avoir un renversement.

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Le risque de fraudes massives est-il aussi tangible qu’en 2009 ?

Il faut comprendre qu’il ne s’agit pas d’une démocratie. Il y a donc eu un premier filtrage au moment des dépôts des candidatures par l’instance des Gardiens de la Révolution. Il faut montrer patte blanche et prêter allégeance au système théocratique pour pouvoir se présenter, et là dessus les autorités ne s’en sont pas cachées. Plus il y a de filtre en amont, plus cela rend la fraude le jour-J moins probable.

Dans quel contexte géopolitique intervient le scrutin ?

Le pays est à double vitesse. D’un côté, les modérés prônent une ouverture qui laisse de côté la religion pour favoriser une forme de pragmatisme politique. Et d’un autre côté les autorités maintiennent le régime théocratique pour ne pas perdre la face. L’Iran connaît actuellement une « révolution à la chinoise » : on garde le nom de révolution mais on commence à se séculariser et à s’ouvrir aux modes de fonctionnement internationaux. La population attend majoritairement, et avec beaucoup de ferveur, cette ouverture d’autant que le chômage des jeunes et l’inflation explosent. Les Iraniens cherchent à consommer et sont entrés dans la postmodernité.