VIDEO. Crise des migrants, attentats de Paris... Amnesty International épingle la France et l'Europe

SOCIETE L'ONG publie ce mercredi son rapport annuel sur la situation des droits de l'Homme en 2015...

20 Minutes avec AFP

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La police autrichienne dans un camp d'enregistrement des migrants à la frontière avec la Slovénie, le  19 février 2016.
La police autrichienne dans un camp d'enregistrement des migrants à la frontière avec la Slovénie, le 19 février 2016. — Ronald Zak/AP/SIPA

« Honteuse ». Voilà comment l’organisation non gouvernementale Amnesty International a qualifié la réaction de l’Europe face à la crise migratoire dans son rapport annuel sur les droits humains.

La France a également été épinglée dans ce rapport, pour sa réaction « liberticide » à la suite des attentats de novembre.

Des droits qui ne sont plus des acquis

Plutôt habituée à fustiger les dictatures pour leurs abus, l’organisation cible cette année le Vieux Continent, qui « se targue d’avoir le système de protection des droits le plus sophistiqué de la planète », selon son directeur pour l’Europe John Dalhusien.

« C’est toujours le cas mais les jours où on pouvait croire cela comme acquis sont révolus », a-t-il déploré devant la presse.

 

Berlin, seul bon élève

Salil Shetty, le secrétaire général d’Amnesty, a qualifié de « honteuse » l’attitude des pays européens face à la crise des migrants qui fuient la guerre au Proche-Orient. « L’UE, qui compte plus de 500 millions d’habitants et qui constitue l’ensemble politique le plus riche de la planète, s’est singulièrement montrée incapable d’apporter une réponse cohérente, humaine et respectueuse des droits humains », insiste Amnesty dans son rapport.

« Seule l’Allemagne a fait preuve d’une volonté politique à la mesure de l’importance du problème », estime l’ONG. « La plupart des dirigeants européens ont préféré prêter l’oreille aux discours tonitruants hostiles aux immigrés, motivés par la peur de l’insécurité et d’une perte de souveraineté nationale. Résultat : les seules mesures sur lesquelles ils ont pu s’entendre sont celles qui visaient à renforcer la 'forteresse Europe' », ajoute-t-elle.

La France pointée du doigt

Selon l’organisation, les attaques de novembre « ont donné une nouvelle impulsion en France en particulier, mais également ailleurs en Europe, à toute une série de mesures représentant une menace pour les droits humains ».

Dans le cadre de l’état d’urgence décrété depuis novembre par Paris, « les autorités françaises ont, en l’espace de quelques semaines, réalisé 2.700 perquisitions sans autorisation judiciaire, qui ont débouché sur l’ouverture de seulement deux informations judiciaires en lien avec des actes terroristes ».

« De nombreux gouvernements se sont fourvoyés dans leur réponse aux menaces sécuritaires pesant sur les nations », a martelé Sali Shetty. « Ils ont étouffé la société civile, s’en sont pris au droit au respect de la vie privée et au droit à liberté d’expression - en les présentant comme contraires à la sécurité nationale, à l’ordre public et aux 'valeurs nationales' ».

« 70 ans de travail en danger »

D’après Salil Shetty, « plus de 70 années de travail acharné et de progrès humains sont en danger » par la faute des gouvernements qui cherchent à court-circuiter des institutions comme les Nations unies, la Cour pénale internationale ou des mécanismes régionaux tels que le Conseil de l’Europe.

« Le conflit syrien est un terrible exemple des conséquences humaines catastrophiques de l’incapacité du système des Nations unies à s’acquitter de son rôle déterminant pour le respect des droits fondamentaux et du droit international, et à garantir l’obligation de rendre des comptes », a-t-il souligné.