Primaire républicaine: Pourquoi ils votent pour leur messie Donald Trump

REPORTAGE Le candidat a remporté sa troisième victoire consécutive à la primaire républicaine, dans le Nevada, mardi...

Philippe Berry
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Des supporteurs de Donald Trump (de dos), à un meeting dans le Nevada, le 23 février 2016.
Des supporteurs de Donald Trump (de dos), à un meeting dans le Nevada, le 23 février 2016. — M.J.SANCHEZ/AP/SIPA

De notre envoyé spécial à Reno (Nevada),

« And we will make America great again. » Promettant pour la 48e fois en moins d’une heure de restaurer la grandeur des Etats-Unis, Donald Trump est interrompu par un cri du cœur : « Sauve l’Amérique ! », lance l’un des 2.000 supporteurs présents à ce meeting de Reno, dans le Nevada. Et alors qu’il a finalement écrasé Rubio et Cruz pour remporter sa troisième victoire consécutive, mardi, le favori de la primaire républicaine catalyse comme jamais le rejet de la politique et de Washington.

Tom, un supporteur de Donald Trump
Tom, un supporteur de Donald Trump - 20 MINUTES

Sous son chapeau de cowboy, Tom mâche ses mots comme son tabac : avec hargne. « Je le soutiens car ce n’est pas un homme politique. J’ai voté pour Romney et McCain, j’en ai assez d’être trahi. Trump va faire du ménage à Washington ». J.R., l’un des rares supporteurs présents de moins de 30 ans, acquiesce : « Il finance sa propre campagne. C’est le seul avec Bernie Sanders qui n’accepte pas d’argent des lobbies et de Wall Street. Personne ne le contrôle. Tous les autres sont vendus ou corrompus. »

Nick et J.R., deux supporteurs.
Nick et J.R., deux supporteurs. - 20 MINUTES

Un populiste charismatique

Vu de France à travers les gros titres et des clips de 30 secondes, il est facile de réduire Donald Trump à une bête de foire qui séduit la frange la plus extrême du parti républicain, comme Sarah Palin en 2008. Mais on ne gagne plus 45 % du vote dans le Nevada sans avoir touché un nerf. Il fait même largement mieux chez les modérés et les indépendants que chez les « très conservateurs », qui préfèrent Ted Cruz.

Trump n’hésite pas à remettre les pieds dans le plat : « Quand j’ai suggéré de bloquer temporairement l’entrée des Etats-Unis aux musulmans, je savais que ça ne serait pas populaire. Mais on a un vrai problème avec le terrorisme, il faut le regarder en face. » Sean trouve ce « franc-parler rafraîchissant ». Selon ce vétéran, Donald Trump se montre parfois « trop caustique mais il a le mérite d’ouvrir des débats, comme sur l’immigration ». Le milliardaire reparle évidemment de son mur, qu’il compte bâtir le long de la frontière. « Calderon, l’ancien président, a dit que le Mexique ne paierait jamais. Ma réponse ? La hauteur du mur vient de grimper de 10 m. » La salle, principalement composée de retraités, rit comme à un spectacle de David Letterman.

Le candidat sait jouer de la foule. « J’ai les supporteurs les plus fervents et les plus intelligents », flatte-t-il d’une main. De l’autre, il insulte les journalistes, surtout « ces losers du New York Times ». « Ils ont perdu un milliard de dollars dans la session du Boston Globe, et ils critiquent mon programme économique ? Les Américains sont plus malins. Ils ont encore moins confiance dans la presse que dans les élus du Congrès », raille-t-il, visiblement content de sa punchline.

Des figurines à son effigie

Pour obtenir des chiffres précis sur son programme, il faudra repasser. Cela ne gêne personne. « Si je voulais entendre des promesses qui ne seront pas tenues, je serais allé à un meeting de Marco Rubio », ironise Michelle. Selon cette Suissesse naturalisée, Trump s’entourera de business-men comme Carl Icahn. « Je préfère confier les clés du budget à un entrepreneur qu’à un homme politique. Regardez nos déficits, il est temps d’essayer une autre approche. »

Alors que la cote de popularité du Congrès flirte avec les 10 %, Trump l’outsider arrive à point nommé. A tel point qu’il est désormais bien parti pour décrocher la nomination. Pour la Maison Blanche, en revanche, tous les sondages ou presque le donnent perdant face à Hillary Clinton. « Reagan n’était pas le favori. Une fois que Trump s’attaquera à Hillary Clinton, les Américains réaliseront qu’elle ne mérite pas de finir présidente mais en prison », rétorque Adam, venu en voisin de Californie pour voir « le phénomène » de ses propres yeux.

Le meeting terminé, 200 personnes jouent des coudes pour s’approcher du podium pour toucher leur idole, ou au moins prendre un selfie avec lui. Un homme a des larmes aux yeux. Une sexagénaire achète un t-shirt «Make America Great Again» à 20 dollars. Trump signe des photos, des exemplaires de son livre The Art of the Deal ou même une figurine à son effigie. Le culte de sa personnalité peut continuer.