«Par précaution, préparons-nous à une épidémie de chikungunya en France»

Propos recueillis par Sandrine Cochard

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Un voyageur étranger venu d'Inde, porteur du virus du chikungunya, serait à l'origine de l'épidémie qui a touché plus de 160 personnes dans le nord-est de l'Italie, une transmission locale qui constitue une "première mondiale" hors des tropiques, selon des experts.
Un voyageur étranger venu d'Inde, porteur du virus du chikungunya, serait à l'origine de l'épidémie qui a touché plus de 160 personnes dans le nord-est de l'Italie, une transmission locale qui constitue une "première mondiale" hors des tropiques, selon des experts. — AFP/DRASS
Le professeur Antoine Flahault, coordinateur de la cellule française de recherche sur le virus, fait le point.
 
La France peut-elle se retrouver dans la même situation que l’Italie, qui fait face actuellement à une épidémie de chikungunya ?

Oui, une épidémie semblable peut se propager en France. Le moustique porteur du virus, appelé Aedes albopictus, est arrivé il y a quelques années dans le sud du pays et en Corse. Le vecteur du virus est donc déjà présent. Néanmoins, tant qu’il n’y a pas de foyer de contagion, il n’y a pas de raison que le chikungunya se propage.
 
Comment expliquez-vous que cette maladie tropicale se développe en Europe ?
C’est une nouveauté car auparavant, le virus était confiné dans les zones tropicales. Néanmoins, il existe des précédents : ainsi le virus du Nil occidental, localisé en Egypte, s’est transmis à un voyageur qui l’a transporté en Amérique centrale. De là, ce virus s’est propagé aux Etats-Unis, puis au Canada. Même s’il est difficile de prédire l’évolution d’une propagation, il faut garder à l’esprit que les virus, tout comme les moustiques, ne connaissent pas de frontières. La mondialisation avec l’augmentation de la densité urbaine, les mouvements de population et le réchauffement climatique sont des facteurs favorables au développement des maladies tropicales dans des zones qui ne le sont pas.
 
De quels moyens disposons-nous pour lutter contre le chikungunya ?
Tout d’abord, une collaboration internationale est nécessaire pour suivre l’évolution des épidémies. Ensuite, les zones où sont implantés les moustiques concernés sont connues et surveillées. Surtout, il faut se préparer à ce que la maladie arrive un jour sur le sol français. Il s’agit d’une mesure de précaution, la période automnale puis hivernale dans laquelle nous allons entrer est favorable à une non propagation. Néanmoins, le retour de la saison chaude signifie aussi un retour du risque d’épidémie. Mais il est possible de l’enrayer, comme à la Réunion et à Mayotte où le virus a disparu. Il faut apprendre aux gens à repérer les sites larvaires et à les éliminer. Nous savons que le moustique porteur du virus affectionne les eaux claires pour y déposer ses œufs, notamment dans les coupelles des fleurs. Les cimetières sont, en cela, un foyer potentiel. A la Réunion par exemple, les personnes qui viennent s’occuper des fleurs leur donnent du sable mouillé pour éviter les eaux stagnantes. La crème anti-moustique est également un réflexe à adopter. D’une manière générale, lorsque les gens font attention et se protègent efficacement, on peut mettre fin à l’épidémie. Le chikungunya n’est pas une fatalité.