Elections marocaines : le défi islamiste

MAGHREB Notre questions-réponses pour comprendre les enjeux des législatives...

A.S

— 

L'Union socialiste des forces populaires (USFP), un des principaux partis du Maroc, assure ne pas être usé par neuf ans de pouvoir et espère même améliorer son score lors des législatives du 7 septembre.
L'Union socialiste des forces populaires (USFP), un des principaux partis du Maroc, assure ne pas être usé par neuf ans de pouvoir et espère même améliorer son score lors des législatives du 7 septembre. — Philippe Desmazes AFP
Notre questions-réponses pour comprendre les législatives marocaines du 7 septembre.

Des élections législatives au Maroc, comment ça se passe?
15,5 millions d'électeurs marocains sont appelés aux urnes pour désigner les 325 membres de la Chambre des représentants par un vote direct à la proportionnelle intégrale. Trente sièges sont réservés aux femmes. Le mode de scrutin et la participation de 36 partis ne permet à aucune formation ne remporter la majorité absolue. Des alliances seront donc nécessaires pour parvenir à la formation d'un gouvernement. La désignation du Premier ministre reste du ressort exclusif du roi qui pourrait choisir pour ce poste un membre de la majorité ou, comme en 2002, une personnalité apolitique. Les résultats définitifs du scrutin seront annoncés le 9 septembre.

Qui est favori?

Donnés grands gagnants du scrutin dans les sondages, les islamistes du Parti Justice et Développement (PJD) qui ont déjà 42 députés dans l'Assemblée sortante. «Nous comptons avoir un million de voix et un peu plus de 70 sièges; normalement, on doit être le premier parti», affirme son secrétaire général, Saâd Eddine Othmani, se basant sur des sondages non-officiels.

Les deux autres grands partis sont l'Istiqlal (nationaliste, 48 sièges actuellement) et l'USFP (socialiste, 50 sièges). Les deux participent à l'actuelle coalition gouvernementale (avec les conservateurs) et ont à cœur de défendre son bilan : réforme du code de la famille, indemnisation des victimes d'atteintes aux droits de l'Homme entre 1960 et 1999 et croissance du tourisme. Ils ont d'ores et déjà annoncé vouloir reconduire une alliance sans les islamistes.

Qui sont les islamistes du PJD?

Ils sont les seuls de la mouvance islamiste à être autorisés. Pour cela, ils ont donné des gages sur leur fidélité au royaume chérifien, au contraire de leurs rivaux radicaux de l'association Adl wal Ihssane (Justice et bienfaisance), antimonarchiste (cette dernière a le plus de résonance dans les quartiers populaires mais boycotte le scrutin). Raisonnable, le PJD a évité de se présenter dans toutes les circonscriptions en 2002 afin de ne pas effrayer les autorités. Sa plate-forme électorale stipule que la «charia islamique doit devenir la source principale de la législation du Royaume» et propose la nomination de deux oulémas (docteurs en loi musulmane) au Conseil constitutionnel pour s'assurer de la «compatibilité des lois avec la Charia».

Le PJD récuse toute comparaison avec le FIS algérien et préfère se comparer à l'AKP turc. Certains voient en son éventuelle accession aux responsabilités un moyen de contrer les radicaux, d'autres craignent un «cheval de Troie» islamiste. Mais, selon de nombreux observateurs, le PJD ne sera pas invité à participer au gouvernement car, estime le politologue Mohamed Darif, «le palais préfère le garder dans l'opposition pour ne pas laisser le terrain à Adl wal Ihssane. «C'est le roi qui tranchera mais je ne pense pas qu'il tienne à bouleverser l'échiquier islamiste marocain alors qu'Al Qaïda cherche à se développer au Maghreb».

Le risque d'abstention est-il élevé?

Lors des législatives de 2002, le taux d'abstention avait frisé les 50%. Le risque est donc bien réel que les Marocains, désabusés par la politique alors que 40% de la population vit sous le seuil de la pauvreté, boudent le jeu démocratique. D'autant plus que le Palais royal reste le principal centre de décision et que le Parlement a peu de pouvoir. La participation représente donc le principal enjeu de l'élection. Selon un autre sondage effectué en juillet par le CGG (Centre de gouvernance globale) de l'université de Mohammédia, 53% des sondés assuraient qu'ils feraient leur devoir d'électeurs.

Des élections démocratiques?
Les précédents scrutins ont été marqués par l'achat de voix par de nombreux candidats. Selon un rapport publié par Transparency Maroc et Democracy Reporting International (DRI), «il y a donc une confiance à construire après une longue histoire de manipulation des scrutins. Les élections avaient fait l'objet de manipulations et d'irrégularités diverses, même si la crédibilité s'est significativement améliorée en 2002. En outre, l'achat des votes est toujours considéré comme un phénomène répandu». Mais dans son discours du 20 août, le roi Mohammed VI a demandé à la Justice qu'elle «combatte toutes formes de fraude».