Vol MH370: Un proche de victimes françaises souhaite une enquête sur les passagers

ENQUETE Ghyslain Wattrelos, qui a perdu quatre proches dans la catastrophe, veut que la France enquête…

Clémence Apetogbor

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"Où est le MH370?", oeuvre de l'artiste indien Sudarsan Pattnaik (à gauche, au premier plan), sur une plage de Puri, en Inde, le 7 mars 2015
"Où est le MH370?", oeuvre de l'artiste indien Sudarsan Pattnaik (à gauche, au premier plan), sur une plage de Puri, en Inde, le 7 mars 2015 — J .K. Jagdev AFP

Un proche des victimes françaises du vol MH370 de la Malaysia Airlines souhaite que la justice française enquête sur les passagers de cet avion dont la disparition reste un des plus grands mystères de l’histoire de l’aviation civile.

Le 8 mars 2014, 239 passagers et membres d’équipage avaient pris place à Kuala Lumpur dans le Boeing 777 de la Malaysia Airlines à destination de Pékin, dont quatre proches de Ghyslain Wattrelos : son épouse Laurence, 51 ans, sa fille de 13 ans, son fils de 17 ans, et la petite amie de celui-ci, qui avait le même âge.

Des doutes sur la thèse de l’accident

Les magistrats instructeurs français se sont rendus en Malaisie en décembre, parmi une délégation de douze personnes, d’où ils sont « revenus avec beaucoup de documentation », a déclaré Ghyslain Wattrelos. Ce dernier, qui a toujours émis des doutes sur la thèse de l’accident, « attend désormais que la justice française (challenge) l’enquête malaisienne ».

D’après lui, les enquêteurs français doivent travailler sur la vidéo montrant l’entrée des voyageurs dans l’avion. « Il faut vérifier le nombre de personnes qui rentrent. Cela correspond-il au nombre de passagers ? Sont-elles les personnes indiquées sur les passeports ? », a-t-il demandé. Autre demande : la communication par les Malaisiens de données recueillies par leurs radars militaires, ainsi que celles de la compagnie de communication Inmarsat.

Disparu des écrans radars

Selon les éléments recueillis par l’enquête, l’avion a disparu des écrans au-dessus du sud du Vietnam, trois minutes après un ultime contact avec Kuala Lumpur, à 01H19. Un membre de l’équipage clôt l’échange par un « bonne nuit », rapporte une source proche de l’enquête française.

A 01H38, le contrôle de Ho Chi Minh Ville s’inquiète auprès de Kuala Lumpur de l’absence de contact radio avec le MH370. Il semble faire demi-tour vers la Malaisie. Et, comme le rappelle une source proche de l’enquête française, « l’avion (a) continué à voler pendant quatre heures après son dernier contact radar civil. »

Un acte volontaire et un accident envisagé

Dès le premier rapport de l’enquête française rédigé en mai 2014, deux pistes, celle de l’acte volontaire et celle de l’accident, sont envisagées.

A l’appui de la première, « la disparition soudaine de l’image de l’avion » sans appel de détresse préalable et « l’embarquement de passagers sous de fausses identités également », selon ce rapport. Les hypothèses de trajectoires « permettent d’accréditer l’affirmation que l’aéronef a été piloté tout le temps ».

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Mais même si l’avion a continué de voler après sa disparition, l’accident « reste possible car par le passé, plusieurs appareils ont continué à voler de nombreuses heures jusqu’à épuisement du carburant », relève l’auteur de ce document. C’est pour connaître la trajectoire de l’avion dans ces heures de vol en silence, que des données de radars militaires pourraient être utiles.

L’enquête malaisienne n’a pas permis de trouver d’élément permettant de suspecter le pilote ou le copilote, rapporte une source proche de l’enquête française. Les Malaisiens ont même fouillé dans la mémoire d’un jeu de simulation de vol du commandant de bord, pour voir s’il ne se serait pas entraîné à des manoeuvres suspectes.

Des passagers suspectés

Parmi les passagers, ils se sont intéressés à un Ouïghour, minorité musulmane chinoise, mais il s’agit d’un artiste qui semble ne pas être suspect, poursuit cette source. Deux Iraniens de 29 ans et de 18 ans, voyageant avec de faux passeports, ont fait l’objet de vérifications.

Selon des renseignements fournis par Interpol, l’un entendait rejoindre en Allemagne, avec un faux passeport, sa mère et son jeune frère, qui y demandaient l’asile. Il serait entré légalement en Malaisie, y serait resté une semaine environ, le temps de trouver un faux document et aurait prévenu ses proches de venir le chercher à l’aéroport de Francfort au terme de son voyage depuis Kuala Lumpur via Pékin et Amsterdam, a détaillé la source.

Quant à l’autre, il aurait également prévenu des proches, à Göteborg en Suède cette fois, de son intention de rejoindre l’Europe. Mais pour Ghyslain Wattrelos, des vérifications plus poussées sur ces deux hommes s’imposent.