VIDEO. Primaire républicaine: Marco Rubio le robot bugue en direct

ETATS-UNIS Se répétant mot pour mot à trois reprises, le candidat qui monte a raté son débat, samedi, et ses adversaires s'en donnent à cœur joie...

Philippe Berry

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Le républicain Marco Rubio, le 7 février dans le New Hampshire.
Le républicain Marco Rubio, le 7 février dans le New Hampshire. — M.ROURKE/AP/SIPA

Marco, Marco, Marco. Après sa 3e place surprise dans l’Iowa, le jeune sénateur de Floride est devenu en une nuit l’espoir des républicains mainstream dans la course à la présidence des Etats-Unis. Le seul, selon les experts et les parieurs, encore capable de sauver le parti d’une candidature nucléaire de Donald Trump ou de Ted Cruz. Le problème, c’est que lors du débat dans le New Hampshire, ce week-end, Rubio a connu un gros raté qui expose son plus gros point faible, selon ses critiques : son inexpérience. Et ce n’est pas la première fois qu’il flanche en direct devant les caméras.

Samedi, il a commencé par répéter deux fois en quelques minutes la même attaque, mot pour mot, contre le Président des Etats-Unis : « Balayons cette idée que Barack Obama ne sait pas ce qu’il fait. Il sait exactement ce qu’il fait : il a entrepris un effort systémique pour changer ce pays. » Une minute plus tard, la même, avec l’emploi répété du même mot peu courant, « dispel » : « Balayons l’idée que Barack Obama ne sait pas ce qu’il fai. Il sait exactement ce qu’il fait: il essaie de changer ce pays… »

Pendant une seconde, le téléspectateur croit à un bug dans le flux télévisé. Et puis le gouverneur du New Jersey, Chris Christie, qui lutte pour sa survie dans la primaire, ne laisse pas passer l’occasion : « Vous voyez, je veux que ceux qui regardent à la maison réalisent une chose : c’est typique de Washington D.C., le même discours mémorisé de 25 secondes que ses conseillers lui ont donné. » Sourire très crispé de Rubio. Christie enchaîne par un crochet du gauche : « Tu sais Mario, quand tu es gouverneur ou président des Etats-Unis, ta petite tirade sur la grandeur de l’Amérique ne résout pas un seul problème pour une seule personne. »

La passe-d’armes aurait pu s’arrêter là. Mais quelques instants plus tard, Rubio, en pleine panique, remet ça : « L’idée que Barack Obama ne sait pas ce qu’il fait… » Christie l’achève, sous les rires de la salle : « Le voilà. Le discours mémorisé de 25 secondes dont je parlais. » Game over.

Un sénateur junior

Cet épisode pourrait vite être oublié. Le problème n’est pas tant le gros titre « Rubio flanche » ou les blagues sur « Marco Robot » ou « Marcobot ». Son souci, c’est que cet épisode renforce les doutes sur son manque d’expérience. Avec un seul mandat au Sénat sur son CV, comme Barack Obama en 2008, ses adversaires l’accusent de répéter avec un certain charisme des discours appris par cœur comme un élève appliqué. Sans forcément les comprendre.

Christie a poursuivi son éviscération dans la première heure du débat – la portion la plus regardée. « Voici le problème, Marco. Tu n’as été impliqué dans aucune décision importante. Tu cites le vote sur les sanctions contre le Hezbollah, mais tu n’étais même pas présent pour voter. Ce n’est pas du leadership, c’est de la truanderie. »

Les nerfs fragiles

Sa boucle infernale ne coulera pas à elle seule les espoirs de Rubio. Mais certains moments hantent les candidats car ils s’inscrivent dans un contexte. Les soupirs d’Al Gore avaient renforcé ce qui pouvait passer pour de l’arrogance. Pour le cri d’Howard Dean, c’était son tempérament. Le « oups » de Rick Perry, son intelligence.

Pour Marco Rubio, c’est son inexpérience et les doutes sur la solidité de ses nerfs. Ce n’est pas que la répétition verbale. C’est la panique visible, le front qui goutte, la bouche qui se crispe. Et ce n’est pas la première fois que ça lui arrive. Lors de son grand moment en 2013, en réponse au discours sur l’Etat de l’Union d’Obama, Rubio avait été terrassé par le syndrome de la bouche sèche. Après cinq minutes d’agonie, il avait finalement disparu du champ pour attraper une bouteille et boire une gorgée. Et personne n’a envie d’imaginer un président stressé, le doigt sur le bouton nucléaire.