A Nahr el-Bared, des tirs de joie pour fêter la fin des combats

LIBAN Fin du feuilleton sanglant?

David Hury, correspondant au Liban

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L'armée libanaise a pris dimanche le contrôle du camp palestinien de Nahr al-Bared, dans le nord du Liban, après plus de trois mois de combats meurtriers avec les islamistes du Fatah al-Islam.
L'armée libanaise a pris dimanche le contrôle du camp palestinien de Nahr al-Bared, dans le nord du Liban, après plus de trois mois de combats meurtriers avec les islamistes du Fatah al-Islam. — anwar amro AFP

Le mauvais feuilleton de l’été au Liban vient de prendre fin. Il aura tenu en haleine les Libanais pendant 15 semaines exactement. Ce dimanche après-midi, l’armée libanaise a «officialisé» sa prise totale de contrôle de Nahr el-Bared, un camp de réfugiés palestiniens, au nord du pays, où s’étaient retranchés des dizaines de combattants du groupuscule jihadiste du Fatah al-Islam, le 20 mai dernier.

La joie chez les civils
Les habitants de toute la région sont aussitôt descendus en masse vers les faubourgs de Tripoli, fêtant la victoire de l’armée libanaise à coups de tambours, de poignées de riz jetées en l’air et d’armes automatiques. Les convois de tanks étaient arrêtés, et leurs occupants fêtés comme des héros. Même les cloches des églises sonnent sans discontinuer dans tout le pays.

«Les tirs que vous entendez sont des tirs de joie, le camp est tombé», déclare un officier de l’armée libanaise. Mais cette dernière ne veut pas crier victoire trop tôt et trop fort, comme ce fut le cas le 21 juin dernier où le ministre de la Défense, Elias el-Murr, avait annoncé un peu précipitamment la fin des combats. De très nombreux barrages ont été installés entre Beyrouth et Tripoli, à 70 km plus au nord. Les autorités libanaises craignent que des activistes du Fatah al-Islam ne profitent de l’extrême agitation pour s’enfuir.

Bilan meurtrier
Le dénouement de ce dimanche était imminent depuis quelques jours, mais la tentative d’une vingtaine de jihadistes de s’enfuir du camp dans la nuit de samedi à dimanche a précipité les événements. Des membres du groupuscule ont tenté de forcer le cordon de sécurité autour du camp: 29 d’entre eux sont morts. Les militaires libanais, eux, ont compté trois morts supplémentaires dans leurs rangs, soit 156 militaires au total et plus de 200 victimes depuis le début de la crise.

Où est le numéro 1?
Dans le chaos régnant au Nord-Liban, les autorités libanaises vont devoir maintenant faire toute la lumière sur les «événements» de Nahr el-Bared, réduit en poussière par les bombardements. Le sort du nº1 du Fatah al-Islam, Chaker el-Abssi, fait l’objet d'une controverse: d’abord annoncé comme faisant partie des blessés, il ne figurerait pas parmi les activistes capturés aujourd’hui. Aux dernières nouvelles, il aurait été tué pendant l'assaut final. Johnny Abdo, ancien ambassadeur et ancien chef de services de renseignements libanais, a affirmé que des militaires syriens – combattant aux côtés du Fatah al-Islam – auraient été tués durant le dernier assaut de ce matin. C’est maintenant l’heure du bilan, et la guerre de l’information commence.