Burundi: Les deux journalistes du «Monde» libérés sans inculpation

JUSTICE Jean-Philippe Rémy et Philip Edward Moore avaient été arrêtés jeudi en compagnie d'opposants burundais...

N.Beu.

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Phil Moore (à droite) et Jean-Philippe Rémy (à gauche) à Bujumbura, au Burundi, le 29 janvier 2016.
Phil Moore (à droite) et Jean-Philippe Rémy (à gauche) à Bujumbura, au Burundi, le 29 janvier 2016. — STRINGER / AFP

Après une journée en détention, les deux journalistes étrangers arrêtés au Burundi, Jean-Philippe Rémy et Philip Edward Moore, ont finalement été remis en liberté sans inculpation, ce vendredi après-midi. 20 Minutes revient sur leur histoire, qui a mobilisé Le Monde et l’AFP, pour qui les deux journalistes travaillent ou ont travaillé, ainsi que Laurent Fabius, qui avait demandé leur « libération immédiate ».

Qui sont les deux journalistes arrêtés ?

Jean-Philippe Rémy, 49 ans, est un journaliste français qui travaille pour Le Monde et qui est basé en Afrique depuis 1998. Il a notamment remporté le prestigieux Prix Bayeux des correspondants de guerre en 2013 pour un reportage en Syrie. Phil Moore, 34 ans, de nationalité britannique, a quant à lui effectué de nombreux reportages à travers l’Afrique, mais aussi au Pakistan ou en Bolivie, pour l’AFP mais aussi pour The New York Times, The Guardian ou Der Spiegel. Son travail a été exposé en 2013 au réputé festival de photojournalisme Visa pour l’Image de Perpignan. L’Association des correspondants étrangers en Afrique de l’Est (FCAEA) a rappelé que les deux journalistes étaient des « professionnels chevronnés ». Ils se trouvaient tous les deux au Burundi pour le compte du journal Le Monde.

Pourquoi ont-ils été arrêtés ?

Ils ont été arrêtés lors d’une opération policière contre des « criminels armés » au Burundi, plongé depuis neuf mois dans une grave crise. « D’après nos informations, ils ont été interpellés à Bujumbura dans l’après-midi de jeudi par les services de sécurité burundais alors qu’ils rencontraient des opposants », a indiqué Le Monde sur son site. « Phil Moore et Jean-Philippe Rémy ont été arrêtés alors qu’ils exerçaient leur mission d’informer », a déclaré pour sa part le PDG de l’AFP, Emmanuel Hoog. Selon le porte-parole adjoint de la police burundaise, Moïse Nkurunziza, les deux hommes ont été arrêtés jeudi après-midi à Nyakabiga, quartier du centre de Bujumbura, où la police avait été informée que « des criminels tenaient une réunion ». Le groupe s’est enfui mais la police a « rattrapé cinq personnes : quatre Burundais qui avaient deux pistolets et un Britannique », Phil Moore, a expliqué à l’AFP Moïse Nkurunziza. « La police a été très surprise et s’est inquiétée de voir un journaliste, ayant toutes les autorisations de travailler au Burundi et qui donc n’avait rien à craindre de la police, courir et fuir », a-t-il ajouté, précisant que Jean-Philippe Rémy avait été interpellé lorsqu’il était venu demander des nouvelles de son collègue. C’est « la première fois que des étrangers sont surpris au milieu de criminels », avait-il auparavant déclaré à la télévision nationale (RTNB). Selon le ministère de la Sécurité publique, « un mortier, une kalachnikov et des pistolets ont été saisis au cours de cette opération ».

Dans quelles conditions le Burundi les a libérés ?

Les deux hommes avaient été déférés devant le procureur en début d’après-midi, ce vendredi. Leur audition terminée, ils attendaient toujours en milieu d’après-midi au Palais de justice de connaître la décision du parquet sur une éventuelle inculpation, selon une source diplomatique. « S’il n’y a rien à leur reprocher, ils seront relâchés, bien sûr », avait alors expliqué le porte-parole adjoint de la police burundaise, Moïse Nkurunziza, assurant que les deux journalistes « se portent très bien et sont bien traités ». Les deux hommes ont finalement été libérés après 16h sans inculpation, après leur audition par le parquet, a annoncé l’ambassadeur de France à Bujumbura. « Ils ont été libérés. Aucune charge n’a été retenue contre eux », a annoncé à l’AFP, l’ambassadeur de France à Bujumbura, Gerrit Van Rossum, précisant toutefois que leur équipement professionnel ne leur avait pas été rendu dans l’immédiat.