«L’homme qui répare les femmes», un film d’espoir face à la barbarie du viol

CINEMA Le docteur Denis Mukwege «répare» les femmes congolaises victimes de viols barbares…

Audrey Chauvet

— 

Le docteur Denis Mukwege et les femmes de Panzi.
Le docteur Denis Mukwege et les femmes de Panzi. — Thierry Michel

Elles ont 30 ans, 16 ans, 8 ans, parfois ce sont des bébés de quelques mois. Toutes arrivent à Panzi dans un état dont beaucoup ne se relèveraient pas : violées sauvagement par des militaires, des policiers ou des miliciens, leur corps a été dévasté par les machettes et les couteaux que ces hommes ont introduits dans leurs organes sexuels. Face à ces viols barbares, un homme agit depuis plus de 20 ans : le docteur Denis Mukwege « répare » les corps et les esprits des femmes congolaises qui ont vécu l’enfer. Ce chirurgien, devenu le porte-voix des populations en détresse de l’est de la République démocratique du Congo (RDC), est mis à l’honneur dans le film L’homme qui répare les femmes, en salle ce mercredi 17 février.

Reconstruction physique et morale

Denis Mukwege, honoré entre autres par le prix Sakharov décerné par le Parlement européen en 2014, est le personnage principal de ce film, mais le réalisateur belge Thierry Michel a surtout voulu mettre en lumière la résilience des femmes congolaises. « Je voulais faire un film sur la force collective de ces femmes, explique-t-il. Montrer que même après avoir été victime d’actes de la plus profonde ignominie, on peut se reconstruire. » Les mères d’enfants du viol, les fillettes mutilées, les jeunes femmes qui reconstruisent leur identité à l’hôpital de Panzi sont les véritables héros du film, même si leur admiration à elles va au docteur Mukwege. « Elles le considèrent comme un prophète, un sauveur », a constaté Thierry Michel.

Et pour cause : ces femmes sont sorties de l’enfer grâce aux soins qu’il leur prodigue gratuitement. Des opérations chirurgicales de reconstruction du vagin aux ateliers de tressage de paniers pour les réinsérer dans la vie économique et sociale, elles sont prises en charge aussi bien médicalement que psychologiquement et professionnellement. « Le cas d’Alphonsine est merveilleux, se souvient le réalisateur. Elle a appris à lire et à écrire à l’hôpital et veut maintenant devenir médecin ». Celui de Jeanne, qui a patiemment épargné 300 dollars et a ainsi pu s’acheter un lopin de terre et une petite maison où elle entame sa nouvelle vie, force aussi le respect.

>> Lire aussi : L’interview de Denis Mukwege : « Le viol est une arme de destruction massive »

Un message d’espoir

Dur, le film l’est forcément : les témoignages des femmes prennent aux tripes, même si Thierry Michel n’a pas voulu faire figurer les histoires les plus atroces et les images les plus choquantes. « Ce tournage a été d’une grande difficulté émotionnelle : il y a un moment où j’ai craqué pendant un témoignage, le trauma a duré 24h pendant lesquelles je ne pouvais plus rien faire », confie-t-il. Mais ce que l’on retient du film, c’est surtout l’immense espoir de ces femmes qui se mobilisent pour que justice soit faite dans leur pays : « La corruption est un gros problème, il n’y a pas actuellement de justice capable de punir les coupables de viols, explique le réalisateur. L’impunité a fait que le viol s’est répandu comme un cancer dans le pays. »

Projeté en RDC, le film a secoué les consciences : « Ce fut un grand moment de parole qui se libère », assure Thierry Michel. Pour Denis Mukwege, c’est aussi un moyen de trouver des soutiens dans le monde entier : le film a été diffusé aux Nations unies, au Parlement européen, au Congrès américain, et pourrait susciter des vocations. « De plus en plus de chirurgiens, d’infirmières, de psychologues, de juristes se rendent en RDC pour contribuer à l’initiative du docteur Mukwege », se félicite Thierry Michel, qui croit en la capacité du pays à se relever de 20 ans d’une guerre dont on découvre encore aujourd’hui des épisodes terribles passés sous silence.