Confiscation des biens, expulsions par charters: Pourquoi le Danemark et la Suède se raidissent face aux migrants ?

MONDE Les pays scandinaves redoutent d’être les seules terres d’accueil en Europe…

Audrey Chauvet

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Des migrants arrivent à Malmö, en Suède, en provenance du Danemark, le 19 novembre 2015.
Des migrants arrivent à Malmö, en Suède, en provenance du Danemark, le 19 novembre 2015. — JOHAN NILSSON / TT NEWS AGENCY / AFP

On ne peut plus appeler cela une politique « d’accueil », mais plutôt de dissuasion : la Suède et le Danemark ne veulent plus de migrants chez eux. Un retournement de situation brutal pour ces « terres promises » scandinaves qui avaient jusque-là accueilli un grand nombre de réfugiés. Mais depuis quelques mois, des contrôles systématiques ont été instaurés aux frontières, le Danemark a voté ce mardi la loi sur la confiscation des biens des migrants et la Suède a annoncé ce mercredi vouloir expulser 80.000 migrants.

« La Suède a peur d’être dans une situation intenable »

Pourquoi un tel durcissement face aux réfugiés syriens, afghans ou irakiens ? « La Suède a l’impression d’en faire trop, explique François Gemenne, chercheur en sciences politiques à l’université de Liège et à Sciences-Po Paris. Elle espérait une solidarité européenne qui ne vient pas donc elle se sent obligée de restreindre sa politique d’accueil car elle a peur de devenir le seul pays de destination et d’être dans une situation intenable. » En 2015, 163.000 personnes ont déposé une demande d’asile en Suède en 2015, soit 750 pour 100.000 habitants, trois fois plus que l’Allemagne.

L’absence de soutien de l’Union européenne et le refus d’instaurer un système de quotas fait donc craindre un trop-plein à la Suède. S’y ajoute une extrême-droite de plus en plus virulente dans le pays, qui est allée jusqu’à incendier des centres d’accueil pour les migrants. Résultat, la Suède exige depuis le 4 janvier une pièce d’identité pour franchir sa frontière avec le Danemark. Les migrants sans-papiers sont automatiquement refoulés et pour éviter qu’ils ne cherchent pas à entrer coûte que coûte dans le pays, une clôture de 2 mètres de haut a été érigée pour les empêcher de se ruer sur les trains se rendant en Suède.

Confiscation de biens au Danemark

Bloqués à la frontière, les migrants sans-papiers ne sont pas non plus les bienvenus au Danemark. « Le Danemark a historiquement une politique extrêmement dure envers les réfugiés et les immigrés en général, poursuit François Gemenne. La loi sur la confiscation des biens des migrants a été votée par la majorité et par l’opposition, il n’y a pas de grand débat sur cette question. » Les Danois ont surtout peur que « l’appel d’air » créé par leur voisin suédois durant les dernières années ne se retourne maintenant contre eux.

En 2015, le Danemark a enregistré 21.000 demandes d’asile et estime ne plus avoir les moyens d’accueillir plus de migrants. Copenhague a donc rétabli les contrôles à la frontière avec l’Allemagne et la loi qui prévoit notamment de confisquer les biens des migrants au-delà de 1.340 euros a été adoptée à 81 voix sur 109 par les députés. Le gouvernement a toutefois fait marche arrière sur la confiscation des bijoux face aux critiques venues de l’étranger : la mesure a été comparée par le Washington Post à la spoliation des juifs par les Nazis.

Au sein de l’Union européenne, les opposants à ces mesures sont encore inaudibles, estime François Gemenne. « Avec la loi danoise, on a franchi un palier supplémentaire dans l’ignominie quasiment dans l’indifférence générale, déplore le spécialiste des flux migratoires. L’Union européenne ne peut rien dire car il n’y pas de politique commune en matière d’asile et d’intégration, donc tant que les Etats n’enfreignent pas le droit européen, très limité sur cette question, ils font ce qu’ils veulent. »